-

Échanges croisés sur les techniques de l’entretien : le cas des situations intimes

Marion Pillas, Laura Verquère
Ce texte est la retranscription travaillée de l’une des séances du séminaire croisé sur l’entretien de recherche qui s’est déroulé le 4 décembre 2024. L’originalité du format, faisant dialoguer une chercheuse et une journaliste autour de leurs pratiques d’entretien, et la richesse du propos qui en a émané, particulièrement sur le contexte de l’intime, nous ont paru relever d’un apport certain à ce supplément.

Les enjeux de l’anonymisation dans une enquête auprès d’expert·e·s de la question des violences sexuelles

Camille Riou
Cet article porte sur les tensions entre confidentialité et enjeux éthiques de la recherche en terrain sensible. À partir d’une enquête sur les mobilisations contre les violences sexuelles en France et en Italie, il analyse les résistances à l’anonymisation, particulièrement chez des enquêté·e·s expert·e·s de la parole publique. Il explore la manière dont l’anonymisation des entretiens sociologiques est négociée entre enquêteur·ice et enquêté·e, révélant les rapports de pouvoir à l’œuvre dans la relation. Si certain·e·s perçoivent l’anonymisation comme une protection, d’autres y voient une dépossession de leur parole et de leur légitimité politique.

Étudier la pluralité des voix en situation de controverse : analyse réflexive de l’usage de l’entretien semi-directif

Catherine Quiroga Cortés
Cet article propose une analyse réflexive portant sur la mobilisation de l’entretien en tant qu’outil méthodologique capable de saisir les voix moins audibles dans le débat animant deux controverses locales. Les phases de négociation en amont et in situ sont exposées, soulignant leurs écueils et suggérant, à travers un dialogue avec la littérature, des pistes d’ajustement pour de futures études. Elle pointe l’importance d’une articulation entre entretiens et observations (n)ethnographiques et souligne l’importance d’inclure dans l’analyse les obstacles rencontrés ainsi que les ajustements effectués afin de situer les propos recueillis dans les rapports de force propres à chaque controverse.

La fabrique de l’entretien avec des adolescent•es : méthodologies et éthiques des chercheur•es

Valentine Favel-Kapoian, Pauline Reboul
Cet article présente une analyse sur les pratiques d’entretien menées par des chercheur·es en Sciences de l’information et de la communication (SIC) auprès d’adolescent·es sur leurs activités numériques. Soulignant l’invisibilisation des aspects méthodologiques de la pratique de l’entretien en SIC, l’étude explore les méthodes et les défis émergeant des expériences d’enquête qualitative auprès de ce public spécifique. Elle mobilise pour cela la méthode de l’entretien compréhensif auprès de onze chercheur·es de cette discipline. L’analyse met en évidence les savoir-faire communs qu’ils déploient pour rencontrer l’adolescent·e en tant qu’acteur·rice-social·e dans un contexte de recherche souvent situé à l’école.

Converser avec des « quasi-collègues ». L’entretien comme outil d’objectivation des pratiques et de construction d’une identité professionnelle en sciences humaines et sociales

Ioanna Faïta, Simon Dumas Primbault
Cette contribution opère un retour réflexif sur l’entretien de recherche semi-directif – pris dans un plus large dispositif d’enquête croisant diverses méthodes mixtes – comme moyen de documenter les pratiques informationnelles des chercheur·euses sur deux plateformes numériques en accès ouvert (Gallica et OpenEdition). Dans un contexte où enquêteur·ice et enquêté·e sont mutuellement des « professionnel·les du discours » et, plus encore, des professionnel·les du discours sur leur méthode, l’entretien peut être vu comme une épreuve d’objectivation réciproque des pratiques : il se transforme en une conversation entre « quasi-collègues » qui sont mis en demeure de justifier des pratiques qui relèvent du familier. En creux, se construit alors une identité professionnelle commune articulée à une communauté de pratiques.

Le chercheur face à ses semblables travaillant sur un terrain sensible : de la posture réflexive à la négociation des rôles sous tension

Nicolas Brard
Cet article explore les enjeux méthodologiques liés à une étude par entretiens portant sur les pratiques de communication des chercheurs travaillant dans un domaine controversé, les neurosciences cognitives chez le primate non humain. La nature sensible de leur sujet nécessite pour eux d’acquérir une certaine maîtrise du discours dans leurs communications publiques. Après avoir détaillé les conditions d’accès à cette population, ce texte s’interroge sur le dispositif d’entretien mis en place, combinant une approche biographique, au prisme de la carrière, et compréhensive autour des pratiques de communications entre pairs et avec les publics non professionnels de la science. Il analyse les inattendus de ces entretiens, en particulier autour de la dynamique des rôles occupés par chacun et la nécessaire réflexivité lors d’un échange entre personnes partageant une proximité à plusieurs niveaux.

L’analyste du discours comme apprenti, journaliste, collègue ? Négocier l’entretien avec des intellectuel·les écologistes

Joseph Gotte
Cette contribution porte sur la négociation de l’entretien avec des acteurs particulièrement rodés à l’activité réflexive, dans une démarche d’analyse du discours. À partir d’un retour d’expérience qui fait suite à 38 entretiens menés avec des intellectuels écologistes francophones, l’article met en évidence trois modèles prédominants dans la distribution des places qui s’y effectue : celui de l’apprenti face à un enseignant, celui du journaliste face à un expert, et celui d’une interaction entre deux collègues. Les épreuves méthodologiques rencontrées – perte de prise sur le guide d’entretien, recours de l’enquêté à des discours généraux déjà prononcés, porosités entre matériaux empiriques et bibliographie – sont ici envisagées comme des éléments à même d’enrichir l’analyse sociodiscursive des intellectuels rencontrés.

L’entretien de recherche avec les spécialistes du discours : retour réflexif sur le milieu des communicant·e·s politiques en France et au Brésil

Camila Moreira Cesar
Cet article propose une réflexion sur les enjeux épistémologiques liés à la réalisation d’entretiens de recherche avec des communicant·e·s politiques travaillant auprès des responsables du pouvoir exécutif en France et au Brésil (2016-2019). En revenant sur l’expérience d’un double terrain, mené dans le cadre d’une thèse soutenue en 2020, il explore les défis spécifiques au recours à cette méthode de recherche rencontrés lors de l’étude d’acteurs spécialisés dans le contrôle de la parole.

Introduction : L’entretien de recherche en sciences de l’information et de la communication : interroger les « professionnel·les du discours » ?

Jean-Philippe De Oliveira, Simon Gadras, Chloë Salles
Ce supplément propose une mise en perspective de l’entretien de recherche en sciences de l’information et de la communication dont les acteurs et actrices des terrains étudiés s’avèrent fréquemment relever de professionnel·les du discours » et qui, plus largement, partagent des caractéristiques sociales avec les chercheur·ses (diplômes, expertises, engagements, goûts culturels, etc.). Il vient clôturer un séminaire portant sur cette thématique, qui s’est déroulé pendant trois années, d’abord à Grenoble, au sein du Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (Gresec), puis sous forme d’un séminaire croisé entre le Gresec et l’Équipe de recherche de Lyon en sciences de l’information et de la communication (Elico).

Voir des œuvres au musée et/ou en ligne. Approches méthodologiques croisées des publics

Irène Bastard, Marie-Laure Bernon, Marie Ballarini
Cet article discute des méthodes permettant de caractériser les publics des contenus muséaux en ligne, en se référant aux méthodes traditionnelles d’étude des publics et en intégrant les outils numériques. Plutôt que de se concentrer sur les publics d’un contenu spécifique, les auteures se penchent sur les publics touchés par des dispositifs numériques qui diffusent des contenus liés aux œuvres d’art et aux savoirs. La discussion s’appuie sur une double recherche : l’une sur les visiteurs des expositions en ligne proposées par des institutions et l’autre sur les publics touchés par les créateurs de contenus culturels sur les médias sociaux. Tandis que les compteurs d’audience sont aveugles aux caractéristiques sociodémographiques et à la réception, les questionnaires concernent soit la population dans son ensemble soit les pratiquants spécifiquement. Les démarches qualitatives doivent quant à elles combiner les outils traditionnels d’entretien et les incertitudes liées aux activités en ligne. L’association des méthodes reste donc nécessaire pour comprendre les déterminants de l’activité culturelle en général, et plus spécifiquement de celle en ligne.

Le livre d’art numérique : chronique d’une désillusion programmée. Le cas du catalogue d’exposition Edward Hopper, d’une fenêtre à l’autre.

Alexandra Saemmer, Nolwenn Trehondart
Dans cet article, nous nous intéressons, à travers le cas du catalogue d’exposition numérique Edward Hopper, d’une fenêtre à l’autre, aux champs de tension multiples (économiques, sémiotiques, techniques…) qui dressent les contours de cet artefact culturel, au prisme des filtres interprétatifs de concepteurs et de lecteurs interrogés. Il s’agit de coupler de manière transversale et pluridisciplinaire l’étude des pratiques de conception et de réception avec l’analyse des formes et figures éditoriales. Cette analyse s’insère au sein du projet de recherche collectif « Catalogues d’exposition augmentés : zones de test », que nous avons mené entre 2015 et 2017, et qui proposait une première réflexion sur le livre d’art numérique en France, dix-huit ans après l’essor (et le déclin) des CD-Roms culturels. Nous en dressons ici le bilan rétrospectif, au vu des désillusions qui ont parsemé la courte existence de ce segment spécifique de l’édition d’art.

Exposer en ligne les collaborations. Ré-énonciations, et médiatisations numériques des collections.

Caroline Marti
L’article questionne et analyse les partenariats entre acteurs économiques et musées et notamment leurs produits dérivés élaborés en collaboration et exposés en ligne. La médiation est bouleversée : l’œuvre exposée dans le musée est transformée en produit dérivé disponible en ligne et cette ré-énonciation fait l’objet d’une médiatisation. Les enjeux symboliques et stratégiques des acteurs économiques et des institutions culturelles, les modalités sémio-discursives des collaborations exposées et les qualifications de la circulation des collections dans leurs divers régimes d’exposition sont au cœur du questionnement.

Google Arts & Culture. Représentations des institutions culturelles et substitutions des œuvres.

Eleni Mouratidou, Sarah Labelle
Cette contribution interroge la plateforme Google Arts et Culture en tant que dispositif numérique à prétention médiationnelle. Nous partons du principe que la plateforme repose sur une mise en scène dotée d’une spectacularité très intense et dont certains motifs permettent de l’analyser à travers sa dimension fantasmagorique. Nous étudions la présence des méta-formes qui organisent la lecture de la plateforme, ainsi que la façon dont cette lecture repose sur le principe du geste. A travers l’exploitation de petites formes numériques constitutives de la plateforme, nous observons de quelle manière cette dernière se construit en tant qu’industrie médiatisante. L’objectif est d’observer comment l’acteur Google capte et transforme les lieux où la culture est développée et contribue à sa circulation métamorphique. In fine, il s’agit de rendre compte de la tension entre la représentation numérique des espaces institutionnels et la façon dont cette représentation favorise des processus de substitution des œuvres virtuellement exposées. Cette tension est renforcée par le fait que les institutions sont garantes de la préservation et de l’exposition du patrimoine culturel et artistique.

Coopérer autour des dispositifs de médiation culturelle numériques au musée : acteurs, ajustements et contenus

Caroline Creton, Arnaud Jooris, Julie Pasquer-Jeanne
Borne, projection visuelle, tablette en réalité virtuelle (RV), etc., se retrouvent aujourd’hui dans de nombreuses expositions des plus grands musées aux plus petits. Ce déploiement des dispositifs de médiation culturelle numérique in situ a été analysé par différents chercheurs qui ont notamment révélé les discours d’escorte et les imaginaires qui les entourent. Cependant, peu de travaux questionnent la manière dont ils sont concrètement produits. Là est l’enjeu de notre article qui questionne d’une part la stabilité des attentes envers ces dispositifs et d’autre part les relations de travail qui se nouent autour de leur déploiement. Notre résultat principal montre que les services de médiation ne sont pas associés d’emblée à leur conception et que des négociations s’opèrent entre service scientifique, de médiation et prestataire, ces derniers pouvant tantôt être cantonnés à un rôle de sous-traitant technique, tantôt être force de proposition.

Promotion, promesses et prophétie de la visite virtuelle au musée

Allison Guiraud
Cet article propose de questionner les imaginaires de la visite virtuelle muséale par le prisme des entreprises qui les produisent et en font la promotion. Il émane d’une analyse du discours d’escorte d’un corpus récolté au cours de trois enquêtes ethnographiques dans deux salons professionnels internationaux dédiés aux secteurs de la culture et du tourisme : SITEM et Museum Connections. Si l’argumentaire promotionnel s’appuie d’abord sur des promesses technologiques et de médiation culturelle, l’analyse approfondie du corpus révèle l’idéologie du progrès technique et du solutionnisme technique qui soutient ce discours. L’article tente alors de mettre en lumière les intérêts sous-jacents au développement du marché de la visite virtuelle dans un contexte de structuration du secteur du numérique patrimonial.

Signifier l’ouverture tout en matérialisant la fermeture : les musées sur les réseaux sociaux numériques

Camille Rondot
Les confinements des années 2020 et 2021 ont amené les institutions culturelles à investir de façon privilégiée les dispositifs numériques. Et si ces dernières déployaient déjà des contenus en ligne, et notamment des « expositions virtuelles », tout en étant présentes sur les réseaux sociaux numériques, le contexte a fait de ces dispositifs des moyens privilégiés non seulement pour leur communication mais également pour leur médiation. S’appuyant sur l’analyse sémiotique et discursive des productions en ligne de quatre institutions culturelles en région et à Paris, cet article s’interroge sur la façon dont la fermeture les a amenés à investir de façon privilégiée les médias informatisés en venant naturaliser des enjeux de pouvoir.

Entrer par la documentation ? Modalités alternatives de visite des musées de Beaux-arts

Marie Després-Lonnet
Cet article, fondé sur des observations menées au cours des vingt-cinq dernières années, propose de revenir sur diverses tentatives de rendre numériquement accessible une part de la connaissance que les musées de Beaux-arts ont élaborée autour des objets de la culture qu’ils détiennent, en replaçant les projets analysés dans les contextes politiques et techniques dans le cadre desquels ils ont été portés. L’objectif est de montrer à partir de quelles représentations des missions du musée, de notre patrimoine culturel ainsi que des attentes des publics, ces propositions de découverte en ligne ont été conçues. L’étude met également en lumière les liens que ces nouvelles modalités d’accès à notre patrimoine culturel tissent entre les œuvres et les discours tenus sur elles par les professionnels chargés de les étudier et de les documenter.

Les dispositifs informatisés de médiatisation muséale et patrimoniale : préfigurations d’un questionnement

Jean Davallon
L’article traite de la manière dont les questionnements soulevés dans trois enquêtes, au moment de l’arrivée des dispositifs informatisés de médiatisation dans les musées à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci, préfigurent ceux actuels sur les relations entre ce type de dispositifs – ainsi que les industries qui les produisent – et les institutions muséales et patrimoniales. Après un rapide rappel du contexte, les trois enquêtes sont résumées et leurs résultats rappelés. Ces enquêtes portent respectivement sur les interactifs, cédéroms et sites de musée au Canada et en France ; sur les premiers usages des cédéroms de musée ; sur les audioguides informatisés et de leur usage, complétée d’une étude sur les applications mobiles de guidage pour musées ou sites patrimoniaux. Les principaux résultats font ensuite l’objet d’une analyse secondaire et d’une discussion qui ouvrent sur les questionnements actuels.

Véridicité de l’information : un concept opérationnel pour l’éducation critique aux médias

Muriel Béasse
Le phénomène des fake news est une opportunité d’interroger les liens entre journalisme et vérité en considérant, en miroir, la relation que les journalistes tissent avec leurs publics, et ce, au sein même de leurs récits d’information. Cette contribution s’intéresse à la notion de véridicité, au centre de l’énonciation journalistique, afin d’offrir des repères au cœur de la triade journalisme-vérité-publics. Elle s’avère pertinente pour comprendre la pluralité des pratiques d’écriture de l’information et servir d’outil dans le cadre de formations critiques aux médias. L’analyse d’indicateurs de véridicité dans des reportages multimédias et des enquêtes graphiques permet d’interroger les stratégies discursives du journalisme et leurs dimensions pédagogiques auprès des publics.

Quand l’émotion l’emporte sur la raison : les publics de RT France face au terme de fake news

Gulnara Zakharova
L’article examine le terme de fake news appliqué à RT France (anciennement Russia Today), chaîne transnationale d’information en continu financée par l’État russe. Accusée d’avoir diffusé des fake news depuis son lancement en 2017, la chaîne a été interdite dans l’UE en 2022 à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Or, elle a déployé une stratégie de « retournement de situation », se présentant comme la victime de la censure et objet de discrimination, créant de fait un lien affectif avec ses publics, qui se sentent marginalisés et exclus de l’espace public dominant. En s’appuyant sur la théorie des contre-publics subalternes et à travers des entretiens semi-directifs des utilisateurs Twitter, l’article démontre que les sympathisants de RT perçoivent le terme fake news comme une « étiquette », injustement attribué à la chaîne, qui renforce leur confiance à l’égard de RT France au lieu de les avertir des risques potentiels de la consommation de ses contenus.

Loi française contre la manipulation de l’information en période électorale et pratiques professionnelles des journalistes face au phénomène des fake news

Mathieu-Robert Sauvé , Alexandre Coutant
Cet article propose d’analyser les conséquences de la loi contre la manipulation de l’information sur la production journalistique de la presse écrite durant les élections présidentielles de 2022 en France. De quelles manières les pratiques professionnelles ont-elles été affectées par ce nouvel encadrement juridique et quelle en a été la perception des journalistes ? Ces questions ont été explorées dans un questionnaire envoyé aux journalistes de terrain, une observation de leurs activités au travail et lors de dix entretiens avec des responsables de la rédaction de médias de France. L’analyse démontre que cette loi n’a eu à leurs yeux aucun effet sur la pratique du métier et n’a pas contribué à diminuer le nombre ni l’ampleur des fausses nouvelles. Les journalistes estiment que leur expertise est déjà fortement balisée par le droit français et renvoient la responsabilité de la vague de désinformation aux médias socio-numériques. Pour lutter contre la désinformation, c’est à leur impunité qu’il faut s’attaquer, clament-ils, en appelant à de meilleurs programmes d’éducation aux médias. Nous discutons cette perception du phénomène par la profession et questionnons ce que cela implique en termes de permanence de pratiques professionnelles.

La réception et le partage de (fausses) informations par les adolescents : des pratiques situées

Manon Berriche
À partir d’une approche pragmatique et interactionniste, cette étude examine comment la réception et le partage de (fausses) informations peuvent être favorisés ou au contraire entravés par certaines situations selon les contraintes énonciatives qui les sous-tendent. En reposant sur des entretiens collectifs, des observations et un dispositif expérimental, conduits au sein d’une classe de 4ème, cet article montre que les réactions des adolescents face aux (fausses) informations sont loin d’être une constante dépendant uniquement de variables cognitives et individuelles, mais varient selon le degré de publicité des situations.

Des « localiers » responsables de la diffusion de fausses informations ? Une défiance forte du politique.

Anaïs Théviot
Comment est vu le rôle du journaliste par les candidats et les militants dans la lutte contre la circulation rapide et massive de fausses informations en campagne électorale ? Cette interrogation sur la perception du rôle des localiers dans la diffusion de « fake-news » s’est fait jour lors de la conduite de notre enquête empirique sur le cas de l’élection municipale à Angers en 2020. Il est rapidement ressorti des entretiens avec les militants un climat de crainte autour de l’usage des réseaux sociaux justifié par la peur des fausses informations et de leur diffusion généralisée, même par ceux qui sont censés lutter contre. Nous verrons que la défiance est forte entre candidats et journalistes : les premiers accusant les seconds de participer à des campagnes de désinformation, en privilégiant le sensationnel et les polémiques à l’analyse. Ces accusations par le politique participent au dénigrement du métier de journaliste et interrogent sur les spécificités de la lutte contre les fausses informations dans l’espace local.

Fausser l’information journalistique pour mobiliser les algorithmes et les publics : comment les plateformes permettent-elles de faire du vrai avec du faux ?

Camille Alloing
Afin d’étudier la circulation des fake news en ligne, cet article propose une analyse info-communicationnelle du traitement endogène et automatisé des contenus journalistiques sur les médias socio-numériques dans un contexte de controverse environnementale. Regarder ce qui est fait avec ces contenus pour mobiliser des publics à soutenir une cause permet de définir une typologie de pratiques visant tant à les mettre en contexte qu’en circulation. Les contenus journalistiques étant eux-mêmes standardisés pour maximiser l’audience sur les plateformes, ils deviennent le meilleur moyen d’informer, de mobiliser comme de désinformer, sans avoir nécessairement à les reproduire de manière factice. La désinformation en ligne apparait ainsi comme une conséquence de la plateformisation de l’information et de la communication qui l’autorise voire la renforce.