-

Appel à articles : Les défis de la filière du livre : Entre transitions et mutations écologiques et technologiques

20 Mar 2026.

Revue scientifique en sciences de l’information et de la communication

[Télécharger le pdf]

Numéro coordonné par : Jean-Marc Francony (Gresec, Université Grenoble-Alpes) et par Antoine Fauchié (Gresec, Université Grenoble-Alpes)

Si dans les années 1980, il était plutôt question de mutation ou de transformation du marché du livre, c’est dans les années 2000 que le terme de transition est utilisé.

La seconde moitié du XXe siècle a été marquée par l’avènement des techniques informatiques et de diffusion broadcast qui ont été envisagées très tôt comme vecteur d’une révolution technologique en marche dans les industries culturelles. Au fur et à mesure, les procédés numériques se sont imposés comme cadre unifiant les enjeux de production et de diffusion des biens culturels, amenant progressivement le rapprochement des industries de contenus et leur distinction des plateformes de services (Bouquillion et al, 2006 ; Chantepie et Le Diberder 2010). Dans ce contexte, la perspective qui s’est dégagée est celle d’un nouvel horizon pour le livre et la lecture, amenant une transformation profonde ou une mutation irréversible de sa filière de production.

Une autre perspective s’est également développée avec l’évocation d’un régime de transition pour qualifier le passage d’un modèle de régulation économique où la question principale est la protection de la diversité éditoriale et des librairies indépendantes confrontées à l’essor des grandes surfaces et à la concentration de marché, à un modèle où les enjeux ne sont plus seulement économiques mais deviennent techniques, culturels et sociaux.

La question écologique et environnementale, latente dès le milieu du XXe siècle, contribue à cette reformulation en accentuant la nécessité d’une prise en compte globale des enjeux de la filière. Elle met en outre l’accent sur les caractéristiques industrielles et logistiques des processus allant de la fabrication jusqu’à la distribution commerciale. L’objectivation des coûts énergétiques et la nécessité de réduire l’empreinte conduisent le monde professionnel à revisiter les représentations et les modes d’organisation de la filière. D’une lecture linéaire d’acteurs interagissant deux à deux dans des séquences courtes que l’on retrouve dans la dénomination « chaîne du livre » se substitue progressivement l’image d’un « écosystème » mettant l’accent sur l’unité et sur l’interdépendance des activités de la filière. La situation actuelle est marquée par plusieurs évolutions importantes : la numérisation des outils de production éditoriaux et de gestion de l’information (Sinatra et Vitali-Rosati, 2014), la plateformisation des contenus (Bacache-Beauvallet et Bourreau, 2022) et enfin par l’émergence du livre numérique au début des années 2000 (Benhamou, 2014). Nous observons désormais des repositionnements au sein de la chaîne du livre, et notons que les transitions formulées ou opérées sont multiples. D’une part, elles concernent autant les grands groupes d’édition sur les questions de production et de distribution (Mollier, 2022), que les structures de taille moyenne ou petite avec le développement d’îlots indépendants autour de questions plus politiquement écologiques (par exemple l’Association pour l’écologie du livre, 2020). D’autre part, ces repositionnements touchent à des dispositifs très divers, comme les modalités d’édition numérique (Bourassa et al., 2018), la production des livres imprimés avec l’impression à la demande, le développement de logiciels au sein des structures d’édition (Taffin et Le Crosnier, 2024), de nouvelles modalités de diffusion et d’accès (Giraud et Guillot, 2023), ou encore les effets du numérique sur le livre (Legendre, 2019). Il convient ainsi d’interroger les transitions qui s’opèrent dans cet « écosystème », à la fois dans leur origine, leur fondement, leur mode d’émergence, leurs expressions et leurs effets.

Enfin, la datafication engendrée par le développement des plateformes s’est étendue à l’ensemble des secteurs gagnés par l’économie numérique (Cukier et al. 2014). Confrontées à ce que danah boyd et Kate Crawford (2011) ont désigné par le « tournant computationnel », ces mêmes industries sont désormais confrontées à l’émergence rapide de l’intelligence artificielle, véritable lame de fond portée par les acteurs dominants des « big tech », dont les conséquences sectorielles sont encore difficiles à appréhender.

Pourtant, dans le même temps, d’autres alternatives se manifestent. Questionnant l’accélération des rythmes de production et l’emballement chronique de la filière, des acteurs expérimentent de nouvelles formes de structures juridiques et commerciales issues de l’économie sociale et solidaire, remettant en question les logiques de marchandisation, inventant une seconde vie du livre avec un mot d’ordre : « ralentir » (Chabault, 2022 ; Roesch, 2024). Ainsi les enjeux sont écologiques, au sens large. Il s’agit de retrouver un équilibre durable compatible avec le développement culturel et les contraintes environnementales liées à la décarbonatation des activités (The Shift Project, 2025 ; Irle et al. 2021).

Dans ce contexte de tensions à la fois écologiques et technologiques, il nous apparaît opportun de réunir les travaux abordant celles-ci, de manière indépendante ou conjointe, en les associant au devenir du secteur du livre.  

Cet appel à articles a pour objectif de rassembler différentes analyses théoriques ou empiriques autour de trois axes qui n’ont pas un caractère exhaustif, les propositions pouvant recouvrir plusieurs d’entre eux :

  • Axe 1 : approches épistémologiques de la filière. À partir d’une approche générale, Il s’agit de questionner le modèle éditorial à l’aune des modèles des industries culturelles, les rapports entre industrialisation et créativité, les échelles tant spatiales que temporelles de développement du livre ;
  • Axe 2 : positionnement et dimension stratégique des d’acteurs. Dans le contexte de la filière du livre, il en va des enjeux associés à la dimension stratégique et industrielle des structures et des acteurs impliqués dans ces évolutions, à leurs agendas et aux processus mis en œuvre de réalisations. De même, les politiques publiques sont à prendre en compte, tout comme les rapports entre les logiques industrielles et les logiques publiques ;
  • Axe 3 : transformation des métiers et des compétences. Des changements – opérés ou envisagés – apparaissent, qu’il s’agisse de transition ou de mutation, s’imposant ou à l’initiative des acteurs de la filière ou d’outsiders qui investissent le secteur. Ils entraînent l’émergence de nouveaux métiers ou le repositionnement de plus anciens. Il s’agit également de s’interroger sur les compétences recherchées et sur les outils qui les accompagnent. Des retours d’expériences pourront venir illustrer telle ou telle évolution.

Modalités de soumissions

Le dossier fait appel à des travaux inédits et à des analyses originales et récentes, relevant des sciences de l’information et de la communication. Les propositions soumises présentent un positionnement scientifique et une problématique adossée à une méthodologie, elles apportent des éléments sur les résultats et conclusions envisagés. La longueur des propositions est de 5000 signes (espaces compris et hors bibliographie).

Elles sont à adresser pour le 20 mai 2026 à :
Jean-Marc Francony : Jean-Marc.Francony@univ-grenoble-alpes.fr
Antoine Fauchié : Antoine.Fauchie@univ-grenoble-alpes.fr

Après sélection par le comité de lecture (réponse le 5 juin 2026), les premières versions complètes des articles, de 25 000 signes à 35 000 signes (espaces compris) et rédigés selon les normes éditoriales des articles de la revue (disponibles à cette adresse : https://lesenjeux.univ-grenoble-alpes.fr/revue/soumettre/) sont à remettre pour le 7 septembre 2026, elles seront soumises alors à une évaluation en double aveugle. À la suite de cette phase, la version définitive du texte (prenant en compte les éventuelles remarques et retours des évaluateurs), incluant les corrections mineures ou majeures demandées, sera soumise au comité éditorial.

Calendrier

  • 20 mai 2026 : date limite d’envoi des propositions
  • 5 juin : notification d’acceptation ou de refus
  • 7 septembre : envoi des articles complets
  • 30 octobre : retour aux auteurs après évaluations
  • 11 décembre : remise de la nouvelle version de l’article
  • printemps 2027 : processus de révision éditoriale
  • automne 2027 : publication du dossier

 

Bibliographie

Association pour l’écologie du livre (2020). Le livre est-il écologique ? Matières, artisans, fictions. Marseille : Wildproject.

Bacache-Beauvallet, Maya ; Bourreau, Marc, (2022). Économie des plateformes. Paris : La Découverte.

Benhamou, Françoise (2014). Le livre à l’heure numérique : papiers, écrans, vers un nouveau vagabondage. Paris : Éditions du Seuil.

Bouquillion, Philippe ; Miège, Bernard ; Morizet, Claire, (2006). « À propos des mouvements récents (2004‑2005) de concentration capitalistique dans les industries culturelles et médiatiques ». Le Temps des médias, 6(1), p. 151‑164. https://doi.org/10.3917/tdm.006.0151

Bourassa, Renée ; Haute, Lucile ; Rouffineau, Gilles, (2018). « Devenirs numériques de l’édition ». Sciences du Design, 8(2), 27‑33. https://doi.org/10.3917/sdd.008.0027

Chabault, Vincent (2022). Le livre d’occasion : sociologie d’un commerce en transition. Lyon : Presses universitaires de Lyon.

Chantepie, Philippe (2010). Révolution numérique et industries culturelles. Paris : La Découverte.

Chantepie, Philippe ; Wiart, Louis (2025). Économie du livre. Paris : La Découverte.

Giraud, Frédérique ; Guillot, Céline, (2023), (dir.). Le livre face au numérique : la disruption atelle eu lieu ? Villeurbanne : Presses de l’Enssib.

Irle, David ; Roesch, Anaïs ; Valensi, Samuel, (2021). Décarboner la culture : face au réchauffement climatique, les nouveaux défis pour la filière. Fontaine : Presses universitaires de Grenoble.

Legendre, Bertrand (2019). Ce que le numérique fait aux livres. Fontaine : Presses universitaires de Grenoble.

Mayer-Schönberger, Viktor ; Cukier, Kenneth ; Dhifallah, Hayet, (2014). Big data : la révolution des données est en marche. Paris : Robert Laffont.

Roesch, Anaïs (2014). « Pour une post‑croissance désirable de la culture ». NECTART, 18(1), 94‑103. https://doi.org/10.3917/nect.018.0094

Sinatra, Michael E. ; Vitali-Rosati, Marcello, (2014), (dir.). Pratiques de l’édition numérique. Montréal : Presses de l’Université de Montréal.

Taffin, Nicolas ; Le Crosnier, Hervé, (2024). « Un nouveau moteur pour 1024 ». 1024, 24, 59‑73. https://doi.org/10.48556/SIF.1024.24.59

The Shift Project (2025). Décarbonons la Culture ! Paris : The Shift Project, [en ligne], consulté le 17 mars 2026, https://theshiftproject.org/publications/decarbonons-la-culture/.

À paraître

Numéros 2026

  • Liste des publications à venir

Numéros

Numéros 2025

Numéros 2024

Numéros 2023

Numéros 2022

Numéros 2021

Numéros 2020

Numéros 2019

Numéros 2018

Numéros 2017

Numéros 2016

Numéros 2015

Numéros 2014

Numéros 2013

Numéros 2012

Numéros 2011

Numéros 2010

Numéros 2009

Numéros 2008

Numéros 2007

Numéros 2006

Numéro 2005

Numéro 2004

Numéro 2003

Numéro 2002

Numéro 2001

Numéro 2000