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« Lula en prison » au Brésil : l’expression numérique de l’ethos de victime et de candidat sur Twitter

28 Nov, 2022

Résumé

Cet article analyse les tweets de l’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva durant son incarcération entre avril 2018 et novembre 2019. L’objectif est d’identifier avec une approche communicationnelle la manière dont cet homme politique s’exprime face aux accusations de corruption qui le mènent en prison. Notre démarche quanti-qualitative, alliant l’analyse statistique des textes à l’analyse argumentative de discours, dégage les axes discursifs mobilisés dans les publications du compte officiel de Lula sur Twitter pendant cette période qui s’articulent autour de l’ethos de victime et l’ethos de candidat. 

Mots clés

Analyse du discours numérique, Twitter, politique, Brésil, Lula

In English

Title

“Lula in prison” in Brazil: the digital expression of the ethos of victim and candidate on Twitter

Abstract

This article analyzes the tweets of the former Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva during his incarceration between April 2018 and November 2019. The aim is to identify with a communication approach how this politician face accusations of corruption that lead him to prison. Our quantitative-qualitative approach, combining statistical analysis of texts with discourse analysis, makes it possible to identify the discursive axes mobilized in the publications of the official account of Lula on Twitter and from this period are based on the ethos of victim and the ethos of candidate.

Keywords

Digital discourse analysis, Twitter, politics, Brazil, Lula.

En Español

Título

«Lula en prisión» en Brasil: la expresión digital del ethos de víctima y candidato en Twitter 

Resumen

Este articulo analiza los tuits del expresidente brasileño Luiz Inácio Lula da Silva durante su encarcelamiento entre abril de 2018 y noviembre de 2019. El objetivo es identificar con un enfoque comunicacional cómo este político se expresa frente a las acusaciones de corrupción que lo llevaron a la cárcel. Nuestro enfoque cuantitativo-cualitativo que combina el análisis estadístico de los textos con el análisis del discurso permite identificar los ejes discursivos movilizados en las publicaciones de este periodo de la cuenta oficial de Lula en Twitter que giran en torno al ethos de víctima y al ethos de candidato. 

Palabras clave

Análisis del discurso digital, Twitter, política, Brasil, Lula. 

Pour citer cet article, utiliser la référence suivante :

Barbosa de Almeida Thais, « « Lula en prison » au Brésil : l’expression numérique de l’ethos de victime et de candidat sur Twitter », Les Enjeux de l’Information et de la Communication, n°3, , p.5 à 19, consulté le vendredi 27 janvier 2023, [en ligne] URL : https://lesenjeux.univ-grenoble-alpes.fr/2022/varia/01-lula-en-prison-au-bresil-lexpression-numerique-de-lethos-de-victime-et-de-candidat-sur-twitter/

Introduction

Président du Brésil entre 2003 et 2010, Luiz Inácio Lula da Silva entame une peine de prison le 08 avril 2018 à la suite d’une condamnation dénonçant la perception des pots-de-vin évalués à 3,7 millions de réaux. Ces fonds auraient été reçus lors de travaux d’un appartement à trois étages (communément appelé triplex) situé dans une ville du littoral de São Paulo. Ce procès s’inscrit dans le cadre de la 24ème étape de l’Opération Lava-Jato, déclenchée le 04 mars 2016. Cette action criminelle, inscrite sous le numéro 5046512-94.2016.4.04.7000, a entrainé la condamnation de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva par deux instances. La première a été requise par le juge Sérgio Moro, membre de la Justice Fédérale du Paraná, le 12 juillet 2017, et la deuxième par la cour de juges de deuxième instance du quatrième Tribunal Régional Fédéral, le 24 janvier 2018, qui siège dans la capitale de l’État du Rio Grande do Sul. Lula a passé ainsi 580 jours incarcéré avant d’être libéré le 08 novembre 2019, après qu’une décision nationale a permis aux condamnés en deuxième instance de répondre à leur procès en liberté. En mars 2021, la Cour Suprême Brésilienne a annulé l’ensemble des accusations contre l’ancien mandataire.  

Cette affaire judiciaire fait de la question de la culpabilité de Lula un enjeu de positionnement politique majeur menant à une réelle arène discursive autour de la défense ou de l’attaque vis-à-vis de Lula. Dans ce scénario, la communication devient un outil de défense important pour Lula afin de contrer les arguments mettant en doute sa conduite morale. D’autant plus que, comme nous le traitons dans notre travail de thèse de doctorat1, il y a assez peu de débat sur les mécanismes juridiques qui ont mené Lula en prison au sein des médias brésiliens les plus traditionnels.

La présentation des arguments de défense de l’ancien président rencontre en revanche une entrave judiciaire. Pendant sa première année d’incarcération, il lui est interdit de prendre la parole en public. Le droit de répondre aux interviews journalistiques ne lui est accordé qu’en avril 2019. Par ailleurs, pendant qu’il purgeait sa peine, Lula a pu sortir de prison exceptionnellement une seule fois, en début mars 2019, pour assister à l’enterrement de son petit-fils. La seule condition était de ne pas parler au public ou à la presse. Ainsi, la communication de Lula pendant sa période d’incarcération a été largement confiée aux réseaux socio-numériques qui ont continué à être actualisés. 

Cette étude se fixe comme objectif d’analyser la manière dont l’ancien président positionne son entreprise de persuasion numérique au moment où la possibilité de s’exprimer oralement est largement limitée. Nous présentons ainsi une étude de cas sur les publications de son compte Twitter, @LulaOficial. Notre problématique est la suivante : comment l’argumentaire de défense de Lula se déploie-t-il sur Twitter dans la période de privation de liberté et de prise de parole publique ? Notre hypothèse de travail est que cet homme politique brésilien, dans le contexte de son emprisonnement, aurait utilisé cette plateforme numérique majoritairement pour diffuser l’idée qu’il était la victime d’une manœuvre politico-judiciaire. Notre objectif est donc d’analyser quanti-qualitativement l’ensemble de tweets publiés dans sa période d’incarcération afin de dégager les axes principaux de son argumentation. L’ambition de ce travail n’est nullement de comparer la communication de da Silva sur Twitter en période de routine au pouvoir et celle d’une période de crise en prison, mais plutôt d’analyser les stratégies communicatives de contournement face au blocage d’accès à l’espace médiatique et, par conséquent, la construction de son identité politique en ligne. 

Pour entamer nos propos, nous présentons le cadre théorique et méthodologique requis pour l’analyse de tweets politiques. Nous exposons ensuite les décisions concernant la construction du corpus d’analyse, pour poursuivre par une description des principaux résultats de notre analyse puis conclure par une réflexion critique sur ces derniers, possible grâce à un cadre théorique construit à partir des travaux des chercheurs en sciences de l’information et de la communication (Miège, 2010; Prudencio et Leite, 2013; Cervulle et Palier, 2014; Roginsky, 2015; Bhatia et Ross, 2019; Recuero, 2020), de l’analyse argumentative du discours  (Charaudeau, 2005; Amossy et Koren, 2010; Amossy, 2012) et, plus spécifiquement, ceux de l’analyse du discours numérique (Ratinaud et Marchand, 2016; Longhi, 2017, 2020; Ratinaud et al., 2019).

Cadre théorique pour l’analyse de tweets

Questions sur l’usage politique de Twitter

L’utilisation de Twitter par des femmes et des hommes politiques s’inscrit dans un processus de rénovation marqué par un changement de techniques et de pratiques communicationnelles, de la production à la consommation. L’usage des réseaux socio- numériques par des autorités publiques et les stratégies communicationnelles employées font l’objet d’une large littérature dans les sciences de l’information et de la communication. De celle-ci, nous retenons les perspectives s’intéressant à l’emploi des tweets à des fins de persuasion et de discussion politique. Nous citons ainsi les recherches de Cervulle et Palier (2014), Recuero (2020) et Bhatia et Ross (2019) qui montrent l’importance de Twitter comme lieu de réverbération, de débat et de positionnement vis-à-vis des faits qui animent la vie démocratique. 

Nous suivons tout particulièrement les travaux qui tendent à nuancer un certain « mythe contemporain » (Miège, 2010, p. 21) autour du numérique comme une révolution, en proposant une approche critique de ces outils. Nous retenons par exemple les résultats de Roginsky (2015) qui, par une ethnographie de la communication en ligne des députés européens, attestent que les élus s’adressent aux publics déjà intéressés par la thématique de la politique européenne avant même l’apparition de Twitter. Dans ce même sens, les chercheuses brésiliennes Prudencio et Leite (2013) indiquent que les formes d’engagement politiques construites sur Twitter restent ancrées sur une organisation extérieure au réseau, liée à un « capital communicationnel » antérieur à la reconnaissance en ligne.

De ces perspectives, nous retenons l’importance de nuancer les résultats des recherches sur l’environnement numérique en présentant d’emblée le public de ces plateformes. L’usage de Twitter au Brésil, terrain qui nous intéresse, reste concentré autour d’une population plutôt jeune avec des hauts ou moyens revenus. Selon une étude de GlobalWebIndex (2015), la majorité des utilisateurs brésiliens de Twitter (65%) se situe entre 21 et 44 ans et plus de la moitié (51%) possède des revenus mensuels moyens ou hauts, selon les critères établis par le sondage. Il est important par ailleurs de souligner que nous ne prétendons pas ici à une analyse de la réception des tweets, mais plutôt à une compréhension de la logique discursive que l’équipe de communication de Lula lui a bâtie dans ce moment précis de sa carrière politique, considérant qu’il disposait déjà d’un capital politique antérieur à son insertion sur ce réseau, ainsi que ceux qui font usage de cette plateforme. 

Pour ce faire, nous utilisons des approches quantitative et qualitative qui constituent, au sens de Boyadjian, Olivesi et Velcin (2017) une réponse méthodologique adaptée à des corpus issus du web politique. En ce qui concerne le traitement statistique de données, nous nous inspirons des démarches d’analyse des discours politiques sur les environnements numériques, notamment ceux de Ratinaud et Marchand (2012; 2014; 2016) traitant de l’usage d’ IRaMuTeQ pour l’analyse de grands corpus textuels. Nous souhaitions en outre mobiliser la dimension contextuelle des tweets en proposant, à partir de quelques exemples déterminés, une analyse dite argumentative du discours. 

En effet, notre travail qualitatif suit les principes constitutifs de l’approche proposée par Amossy (2012) se concentrant sur la visée persuasive et la dimension communicationnelle des actes langagiers. Du fait de notre objectif de recherche, nous nous intéressons tout particulièrement à la construction identitaire dans cet espace numérique. Nous empruntons dès lors la définition de l’ethos avancée par Ruth Amossy (2010), à savoir « une image de soi favorable susceptible de conférer autorité et crédibilité » (p. 5). Nous aborderons la question de la construction identitaire dans cet espace numérique avec une précision : dans notre analyse, nous n’évoquons pas l’ethos discursif de Lula en tant que dispositif incarné par une personne physique, mais par un dispositif puisque les publications de @LulaOficial n’étaient pas produites par l’ancien président lui-même. Ainsi ce travail propose-t-il une démarche qui entend révéler la présentation de soi en ligne mise en place sur Twitter dans un moment particulier de la carrière de cet homme politique brésilien à partir d’un corpus de travail que nous présentons maintenant.

Corpus de travail : critères de sélection des publications analysées

Le corpus de travail est construit à partir des tweets publiés sur le compte @LulaOficial du 07 avril 2018, premier jour de l’emprisonnement de Lula, au 08 novembre 2019, le jour de sa sortie de prison2. Pour le recueil de données, nous avons utilisé le site workbenchdata qui permet l’extraction des tweets d’un compte en les plaçant sous une base de données Excel. Afin de se concentrer sur les récits produits par le compte de l’ancien président, nous avons fait le choix d’analyser les tweets seuls et non pas les réactions qu’ils ont engendrées, tels que les retweets ou encore les réponses aux tweets. Les publications ont ensuite été codées selon leurs dates et transformées en format texte (.txt) pour rendre possible l’utilisation du logiciel libre d’analyse statistique de textes IRaMuTeQ (Interface de R pour les Analyses Multidimensionnelles de Textes et de Questionnaires). 

D’emblée, le premier tri parmi les tweets fut nécessaire car certains ne présentaient que des photos ou des émoticônes, aspects que nous excluons de notre analyse traitant de la matière langagière textuelle. Ces images viennent, pour la plupart, renforcer le contenu écrit des tweets illustré à partir de photomontages ou de photos de presse. De même, les liens internet (URL) et les caractères spéciaux furent effacés pour permettre l’analyse statistique. Il s’agit d’un choix répondant à un ordre pratique, rendant possible l’examen d’un volume important de tweets avec des outils informatiques, ainsi qu’à un ordre méthodologique, puisque nous visons la production textuelle écrite de ces publications et pas d’autres formes de manifestation. Nous avons ainsi construit un corpus de travail de 5099 tweets, qui sont examinés à partir d’une analyse quanti-qualitative composée d’une étape d’analyse quantitative guidée par le logiciel mentionné pour l’identification des principaux axes discursifs qui orienteront notre analyse qualitative plus détaillée, exemples à l’appui. 

Les tweets de « Lula en prison » : l’expression d’une victime ?

Notre analyse cherchant à identifier la manière dont Lula construit son identité numérique sur Twitter au moment de sa privation de liberté, débute par une analyse chronologique précise des tweets publiés par @LulaOficial (Figure 1). Cette première étape quantitative permet d’observer une moyenne de publications située autour de 100 à 200 tweets par mois, et entre 3 à 6 publications par jour, ce qui indique une production générale assez régulière et intense. Cependant, les mois d’août (989), septembre (771) et octobre 2018 (621) présentent une plus grande quantité de tweets, phénomène qui peut être expliqué par un événement politique majeur : la campagne présidentielle brésilienne de 2018. Nous observons d’ailleurs que cette moyenne haute chute à la suite du deuxième tour de ce scrutin, fin octobre. Dès novembre 2018 (107), la fréquence de tweets reste assez stable, avec pour seule exception le mois d’avril 2019 (216), correspondant à la date anniversaire de sa mise en prison et au retour de ses interviews médiatiques. A l’opposé, une quantité  faible de publications est observée au mois de novembre 2019 (37), expliquée spécialement par le fait que notre collecte de données s’arrête au neuvième jour de ce mois, quand Lula sort de prison. Ce point de vue chronologique nous permet dès lors d’affirmer que le compte Twitter de l’ancien président est davantage utilisé pendant la période du scrutin présidentiel.

 

Figure 1. Visualisation chronologique des publications du compte @LulaOficial d’avril 2018 et novembre 2019

Nous continuons cette étude quantitative avec les résultats des calculs statistiques textuels proposés par le logiciel IRaMuTeQ qui dégagent les différentes thématiques qui nourrissent les publications de @LulaOficial dans la période étudiée. En effet, ce logiciel permet de rassembler les termes-clés du corpus de tweets à partir d’une analyse des données textuelles, qui reprend notamment la méthode de classification lexicale proposée par Reinert (1983). A des fins de calcul statistique, IRaMuTeQ opère la lemmatisation des termes, renvoyant les variations d’un mot à une même racine. En d’autres termes, les verbes sont regroupés à leur forme infinitive, les noms à leur forme au singulier et les adjectifs au masculin singulier. Le corpus total est ensuite séparé en segments de texte qui sont regroupés par affinité lexicale, formant ainsi des groupes homogènes de mots présentés dans une classification hiérarchique descendante (CHD). Chaque classe est composée de formes lexicales cooccurrentes à l’intérieur des segments de textes. À la suite de cette opération, 91,34% de notre corpus de travail est séparé en cinq classes différentes illustrées ci-dessous par un dendrogramme (Figure 2) avec les mots les plus significatifs de chaque classe.

Figure 2. Classification hiérarchique descendante (CHD) de l’ensemble des données sélectionnées

Cette classification hiérarchique descendante conduit à dégager deux groupes textuels divers regroupés d’un côté par les classes 2 et 4, et de l’autre par les classes 3, 1 et 5. En effet, l’interprétation approfondie de ces classifications met en évidence deux ethos différents : l’ethos de victime (classes 2 et 4) et l’ethos de candidat (classes 3, 1 et 5) dont les caractéristiques seront dégagées par la suite.

Une « farce judiciaire » : l’ethos de victime

Le premier embranchement comportant les classes 2 (24,2%) et 4 (15,8%) concentre, respectivement, des mentions aux activités menées à l’intérieur de la prison et des textes liés à la procédure juridique qui a conduit Lula en prison. Cette dernière (classe 4) présente les mots du champ lexical du droit comme juiz, processo, decisão, prova, advogado, julgamento (en français : juge, procès, décision, preuve, avocat, jugement). Nous identifions également le terme Lava-Jato (lavage express) qui situe ce procès judiciaire dans le cadre plus large de cette enquête judiciaire de la police fédérale cherchant à dévoiler les mécanismes de corruption entre les pouvoirs publics et économique. 

Il est opportun d’observer que le mot le plus représentatif de cette classe, graphiquement représenté en haut de la colonne est « Sérgio Moro », le juge qui a condamné Lula en première instance et l’un des principaux acteurs de l’opération « lavage express ». Bien que la condamnation fut confirmée par la deuxième instance, et donc par d’autres juges, nous observons dans les tweets de l’ex-président exposés ci-dessous l’intention de discréditer nominativement le juge de première instance responsable de l’enquête Lava-Jato, Sérgio Moro. Observons ces exemples (les publications originales en portugais brésilien sont présentées en annexe) : 

@LulaOficial : Ceux qui m’ont condamné, Sérgio Moro et les magistrats du TRF-4, savent qu’on a monté une farce judiciaire pour m’arrêter, parce que j’ai montré mon innocence dans le procès et ils n’ont pas pu présenter la preuve du crime pour lequel ils m’accusent (09/06/2018)

@LulaOficial : Comment défendre la légitimité d’une procédure où l’on conspire contre ma liberté depuis le juge de première instance jusqu’ à la procureure de la République ? Je suis victime d’une chasse judiciaire qui est déjà enregistrée dans l’Histoire. (15/08/2018)

@LulaOficial : Il y a un an, un mois et trois jours, Sérgio Moro a utilisé son poste de juge pour commettre un acte politique : il m’a condamné pour la pratique d’ « actes indéterminés » pour essayer de m’écarter de l’élection. Il a utilisé une « fake News » produite par le journal O Globo sur un appartement au Guarujá. (15/08/2018) 

@LulaOficial : Ma condamnation est une farce judiciaire, une vengeance politique, utilisant toujours des mesures d’exception contre moi. Ils ne veulent pas arrêter et interdire seulement le citoyen Luiz Inácio Lula da Silva. Ils veulent arrêter et interdire le projet de Brésil que la majorité a approuvé en quatre élections consécutives. (11/09/2018)

Ces exemples, dégagés grâce à leur représentativité dans l’analyse quantitative, indiquent que les trois axes principaux de la construction de Lula en tant que victime d’une injustice sur Twitter sont : 1) l’affirmation que sa condamnation a été réalisée sans preuve ou avec des preuves fausses (l’article de presse du journal brésilien O Globo), ce qui serait le symptôme d’une « farce judiciaire », 2) l’allégation d’une « vengeance politique », ayant pour but d’écarter son projet politique du pouvoir, et 3) l’attaque contre l’impartialité des acteurs du monde judiciaire, mais surtout contre celle du juge de première instance cité nominativement, Sérgio Moro, qui aurait utilisé son pouvoir juridique pour procéder à un acte politique, constituant ainsi une « chasse judiciaire ». 

Les citations récurrentes du nom de Sérgio Moro configurent un mécanisme d’attaque ad hominem, visant directement l’ethos du juge, exprimé de manière explicite dans ce court tweet du 13 mai 2019 : « Não vou morrer antes de provar que Moro é mentiroso » (Je ne vais pas mourir avant de prouver que Moro est un menteur). Cette arme argumentative est utilisée ici, non seulement en guise d’opposition à la personne qui incarne une idée présente dans l’espace public – en l’occurrence, Moro -, mais aussi pour créer un ethos de groupe opposé à ce juge. Cet acte discursif est une manière pour Lula de constituer un scénario de polarisation et de s’y positionner, tout en favorisant la reconstruction morale et l’adhésion à ses idées par la constitution d’un ennemi commun (Amossy, 2010). Nous notons à ce propos l’emprunt du pronom à la première personne du singulier indicatif d’une implication personnelle différente des prochains exemples. 

Cette reconstitution morale de son ethos public passe aussi par un processus de renouveau de la signification de sa période en prison, mais cette fois avec un ton davantage « neutre ». La classe 2 (24,2%) comporte la description en troisième personne des actions menées par Lula dans son quotidien en tant que prisonnier. Nous y notons d’abord la citation de la ville où se trouvait son centre de détention, Curitiba, ainsi que des mots concernant des actions entreprises par ses partisans (vigília [veille], par exemple) articulés autour de l’expression Lula Livre (Lula libre), un mot d’ordre pour la libération de l’ex-président présent dans les rassemblements en faveur de sa défense : 

@LulaOficial : Des manifestants se rassemblent dans la veille Lula Libre à Curitiba pour exiger la libération immédiate de Lula. #LulaLibreMAINTENANT (08/07/2018)

Au travers de ses publications sur Twitter, Lula tient à souligner le lien étroit qu’il entretient avec des personnes qui manifestent en sa faveur ainsi qu’avec d’autres acteurs importants du monde extérieur à la prison. De fait, cette classe regroupe aussi les termes comme visita, visitar, receber (visite, visiter, recevoir) qui servent à souligner ses rencontres avec des personnalités disposant d’une reconnaissance dans l’espace médiatique durant sa période d’emprisonnement.  

@LulaOficial : Depuis qu’il a été amené à Curitiba, Lula a déjà reçu le soutien de divers dirigeants et ex-chefs d’Etat, comme l’ex-président de l’Uruguay, Pepe Mujica, l’ex-président de la Colombie, Ernesto Samper, et l’ex-président du Parlement Européen, Martin Schultz. (13/09/2018)

@LulaOficial : Le lauréat du Prix Nobel de la Paix, Kailash Satyarthi, vient d’arriver au siège de la Police Fédérale de Curitiba pour visiter Lula. C’est le deuxième Nobel de la Paix à rendre visite à l’ex-président en prison. #LulaLibreMaintenant (24/10/2018)

Publiant sur Twitter un « compte rendu » de ses visites et de ses soutiens, l’identité d’un prisonnier digne d’intérêt qui suscite des réactions des leaders internationaux souhaitant sa liberté est mise en avant. Les deux premières classes (2 et 4) de notre dendrogramme (Figure 2), qui nous avons nommées « ethos de victime », s’articulent in fine autour de deux arguments : 1) celui de la mise en question de la procédure judiciaire, notamment autour de la crédibilité des preuves et de la mise en doute de la légitimité du juge de première instance Sérgio Moro, et 2) un rapport à la troisième personne des activités en faveur de sa liberté, notamment les soutiens internationaux et des manifestations organisées autour de la cause « Lula libre ». 

Lula et le peuple : l’ethos de candidat

Dénoncer les injustices de son procès, en soulignant une dimension politique des accusations subies et se montrer digne de la visite de nombreuses personnalités politiques, semble faire partie d’un projet discursif plus vaste du compte @LulaOficial. En réalité, l’ancien président se présente lui-même comme candidat aux élections présidentielles en août 2018, depuis la prison, et utilise Twitter comme une des plateformes de sa candidature. Cette candidature fut ultérieurement interdite par la justice électorale, obligeant le Parti des Travailleurs à remplacer le candidat Lula par Fernando Haddad3. En analysant le deuxième embranchement de notre dendrogramme (Figure 2), nous notons que la classe 5 (24,2%) et un sous-embranchement composé des classes 1 (25,8%) et 3 (16,3%) convergent vers le même sujet : la procédure électorale présidentielle de 2018 au Brésil. Plusieurs termes présents dans ces trois classes sont liés à des activités de campagne, tels que candidato (candidat), caminhada (marche), presidência (présidence), projeto (projet), democracia (democracie), governo (gouvernement) et debate (débat). 

Un examen plus précis de chaque classe s’impose. A commencer par la classe 3 qui est directement liée à la candidature de Fernando Haddad, voyons les publications suivantes :

@LulaOficial : @Haddad_Fernando, tu vas me représenter dans cette marche de retour à la présidence de la République, pour réaliser à nouveau le gouvernement du peuple et de l’espoir. (12/09/2018)

@LulaOficial : Fernando Haddad, candidat de Lula à la présidentielle, participe au débat de la chaîne Record. #Votez13 #LeVotedanslaRecord (01/10/2018)

@LulaOficial : Celui qui a vécu se rappelle comment étaient les années de prospérité du gouvernement Lula. @Haddad_Fernando est l’opportunité pour le peuple brésilien de retrouver l’espoir, la foi et l’optimisme. #Votez13 (13/10/2018)

Plus qu’un soutien, il est question d’un travail de transfert d’ethos entre les deux hommes politiques qui se rend visible explicitement par la phrase « Fernando Haddad, candidat de Lula à la présidentielle » présente dans le tweet du 01/10/2018. Pour cela, le souvenir de ses anciens mandats présidentiels, défendus dans la publication du 13/10/2018 comme remplis de « prospérité », est mobilisé en faveur du candidat du Parti des Travailleurs. La reprise de sensations positives comme « l’espoir, la foi et l’optimisme » (tweet du 13/10/2018) est mise en œuvre dans le texte par l’usage d’un exemple interpellant un destinataire indirect, un tiers, cible du discours : « celui qui a vécu se rappelle ». Dans ce sens, il est observé aussi un retravail de « l’ethos préalable », c’est-à-dire de la représentation constituée de sa personne susceptible d’influencer le crédit qui lui est offert durant sa prise de parole (Amossy, 2010) : les discours existants sont réorganisés dans un but précis de transfert de son ethos à celui de son potentiel successeur. Un vote pour Haddad serait égal ainsi à un retour aux années glorieuses sous la direction de Lula.

Cet objectif se confirme avec la classe 1 (25,8%), indiquant que ses publications furent largement articulées autour du mot povo (peuple), qui est un amalgame des idées politiques de Lula depuis le début de sa carrière politique (Holzbach, 2006; Piotto, 2017; Tomaz et Gouvêa, 2017)2006; Piotto, 2017; Tomaz and Gouvêa, 2017. De même, il est question de termes du lexique de la volonté et de la foi tels que querer, país, esperança, melhor (vouloir, pays, espoir, meilleur) qui relèvent finalement du vocabulaire de promesses, qui est une parole de conquête de pouvoir (Charaudeau, 2013). Ces mots s’articulent avec la nostalgie de ses précédents mandats comme dans cet exemple : 

@LulaOficial : Nous allons dialoguer avec ceux qui ont vu que le Brésil est sorti de son chemin, qui sont sans espoir mais savent que le pays a besoin de résoudre son destin dans les urnes, non par des coups d’Etat ou des coups de force. Il faut rappeler qu’avec la démocratie, avec notre travail, le Brésil va être heureux à nouveau. (15/08/2018)

Soutenant que le Brésil est « sorti de son chemin » et que le pays peut « être heureux à nouveau », Lula valorise à la fois son héritage politique et les actions futures du programme du PT et cela avec le pronom « nous », indiquant une participation active dans la tâche. La classe 5 (17,8%) apporte d’ailleurs plus de précisions sur les thématiques mises en avant par Lula pendant cette campagne. Elles se regroupent autour de deux thèmes : 1) l’économie et l’emploi, présents dans les idées de emprego (emploi), salário (salaire), renda (revenu), trabalhador (travailleur) en plus de economia (économie) et econômico (économique) et 2) le domaine d’action publique, exprimé à l’aide des termes educação (éducation), governo (gouvernement), público (public), petrobras (entreprise publique en charge du pétrole brésilien). Le premier thème domine les publications, ce qui révèle l’intérêt de Lula à occuper la discussion publique grandissante autour du chômage et du manque de revenus (selon l’Institut Brésilien de Géographie et Statistique [IBGE], 12,4% des Brésiliens étaient sans emploi au moment de la campagne électorale de 2018). Analysons un exemple autour de cette thématique :

@LulaOficial : « Il y a une seule solution pour le Brésil, c’est qu’on reprenne la croyance dans le peuple brésilien. On doit remettre le peuple dans l’économie, avec des emplois, avec du financement, avec des crédits. Sinon il n’y a pas de croissance économique » – Lula (29/08/2018)

Ce tweet n’est pas une proposition d’Haddad, mais bien une opinion de Lula, fait souligné d’ailleurs par la présence de guillemets autour de la phrase, reprise de la culture graphique des journaux, qui simulent une prise de parole directe. Cela témoigne bien de sa vocation à participer à ces élections, même depuis la prison, en intégrant numériquement le débat. Rappelons dans cet exemple que la posture de l’ex président face au problème se montre compatible avec celle du marché, puisqu’il n’est pas question d’une critique idéologique par une gauche contestataire qui chercherait à changer complètement le système en place, mais plutôt d’une « insertion du peuple dans l’économie », un discours proche de celui qu’il tenait quand il a été élu pour la première fois en 2002 (Panke, 2013). Nous notons donc le souhait de Lula d’être protagoniste du scrutin en mobilisant sur Twitter des thèmes qui sont chers à sa ligne politique établie depuis des années. 

Discussion des résultats

Les particularités de la pratique communicationnelle politique sur Twitter observées dans ce corpus sont de deux ordres : l’usage des hashtags comme marqueur de positionnement, voire d’incitation à agir, comme #Votez13 et #LulaLibreMaintenant, et la condensation sémantique du récit politique, déjà identifiée par d’autres chercheurs comme Longhi (2017), qui demande que le tweet soit attaché à un certain contexte pour être compris. Malgré ce court espace de 280 caractères, les publications de @LulaOficial s’insèrent dans une perspective de persuasion cherchant à travailler son statut de victime et garder une certaine position politique. 

Il émerge en effet de nos observations que Lula effectue un travail de réputation en ligne cherchant la construction d’une identité qui mobilise des traits de son ethos préalable. Il évoque par exemple ses anciens mandats de manière positive afin de construire une identité numérique propice à la candidature du Parti des Travailleurs au scrutin de 2018.  En prêtant à Haddad son autorité pendant la campagne électorale présidentielle de 2018, l’ancien président s’est voulu actif politiquement en plus de proposer lui-même des solutions au manque d’emploi, par exemple, tout en s’adressant au « peuple », ce qui fut toujours la ligne directrice de ses idées de campagne. 

De plus, le contenu de ses accusations de corruption est peu évoqué au détriment d’une incitation à la mobilisation pour sa défense, et d’une affirmation de sa position comme légitime dans la sphère publique par la réduction de l’idée de pénibilité de sa situation de détenu. Cela passe aussi par la diffusion sur @LulaOficial d’une identité de prisonnier politique cherchant du soutien international et des actions de rassemblement pour sa défense que nous dégageons de la classe 4 (24,2%). Les tweets où il explique les raisons de son innocence, regroupés en classe 2, restent alors minoritaires dans l’ensemble des publications (15,4%). Dans les rares publications où @LulaOficial se dépeint en victime d’une manœuvre politico-judiciaire, on observe l’usage du pronom personnel à la première personne et l’attaque ad hominem en direction de Moro. 

Ces résultats semblent indiquer la place de Twitter en tant qu’espace d’expression politique et médiatique, plutôt qu’un lieu de construction de nouvelles directives politiques. Dans notre corpus de tweets, la ligne discursive de l’ancien président ne subit pas de modifications majeures compte-tenu de l’incarcération, excepté la possibilité d’évoquer son procès comme une persécution encadrée par Sérgio Moro. @LulaOficial se constitue alors comme un lieu d’affirmation de soi et de confirmation de son statut politique par le rappel d’un certain héritage politique construit en dehors du réseau et cela dans une perspective d’opposition à d’autres acteurs. Les tweets, qui rappellent parfois d’autres modalités de discours comme la lettre ouverte, fonctionnent comme une vitrine de ces idées à un public qui, d’ailleurs, n’est pas celui de ses électeurs de prédilection, vu les données de la sociologie de ce réseau socio-numérique présentées antérieurement. 

Ces résultats font écho à nos travaux de thèse de doctorat qui traitent de la polarisation de l’affaire Lula. Nos premiers constats pointent vers un scénario de « polémique publique » (Amossy, 2014), à savoir l’existence de « discours antagonistes qui dichotomisent les oppositions en soulignant leur caractère irréductible, et les pérennise en polarisant les adversaires en groupes identitaires crispés dans une hostilité mutuelle »  (p. 213), propulsé entre autres par les participants de la querelle. Dans le discours polémique, l’objectif n’est nullement de convaincre un adversaire mais plutôt de renforcer ses soutiens par la désignation d’un ennemi commun afin de créer un groupe engagé autour de ses idées – ce type de message n’est d’ailleurs pas adressé à un opposant mais à un tiers. Cela semble être le cas du compte Twitter de l’ancien président qui lui sert d’espace de construction d’une « communauté de valeurs », pour reprendre les termes d’Herman (2018), c’est-à-dire un lieu pour défendre son image et ses croyances auprès d’un public a minima engagé. Dans ce cadre, Twitter aurait servi de lieu de communication politique plutôt que de discussion politique autour du procès qui l’a mené en prison. 

Conclusion

Notre recherche a montré que la stratégie argumentative développée par @LulaOficial sur Twitter s’articule autour de la présentation de deux principales images de soi, celle de la victime et celle du candidat. L’effacement de sa carrière politique aurait pu être imaginé à la suite de son emprisonnement, mais on observe sur Twitter une démarche opposée, celle d’une volonté discursive d’encore faire partie de la scène politique. En utilisant ce dispositif numérique, il mobilise son ethos préalable, diffuse les informations sur ses visiteurs de prestige et fait des promesses en vue de la conquête du pouvoir en 2018, tantôt pour sa propre candidature, tantôt pour celle d’Haddad. Il reste donc très actif au sein de la campagne électorale sur Twitter, même sans participer aux rites habituels comme les interviews, les meetings, les rencontres et les débats. 

Notre hypothèse de départ ne s’est pas vérifiée car se construire en tant que victime d’une manœuvre politico-judiciaire n’est pas le principal but de ses publications. Les analyses nous amènent finalement au constat que Lula travaille son image publique en s’attachant à entretenir ses valeurs pour continuer à occuper une position dans la « polémique publique » en cours et, principalement, en s’inscrivant directement dans une démarche électorale. En d’autres termes, il consacre plus de publications à l’action politique qu’à l’objectif de se construire une posture de victime qui subit des injustices judiciaires. 

Notre but qui était d’analyser quanti-qualitativement l’ensemble de tweets de la période d’incarcération de Lula, a été atteint grâce à une démarche outillée. Appliquée à l’aide d’un logiciel d’analyse statistique de textes, elle a permis une vision de long terme, d’une période de 580 jours, des pratiques discursives de Lula dans l’environnement numérique de Twitter. La démarche comporte cependant des limites liées au public très segmenté de ces publications et au fait que les contenus annexes à ces textes, tels que les photos, vidéos ou même les liens URL, ne sont pas pris en compte. Des travaux ultérieurs auront à déterminer si cette méthodologie sera en mesure d’analyser des corpus plus diversifiés et de plus grande taille. Les résultats obtenus sont aussi à nuancer du fait de l’absence de prise en compte de la réception : nous savons que sur Twitter, cet ethos numérique est construit, entre autres, avec le regard de ses followers qui évaluent et réagissent au contenu en fonction de l’affinité ou non vis-à-vis de l’énonciateur. Une analyse de réseaux complémentaire cherchant à comprendre la chaîne de réactions à ses publications serait ainsi intéressante afin de cerner cet aspect.

Notes

[1] Travail de thèse intitulé « Lula en prison : une analyse multimédiatique de la polémique publique au Brésil » en cours à l’Université de Limoges, sous la direction de Jacques Migozzi et au sein du laboratoire EHIC (Espaces Humains et Interactions Culturelles), en cotutelle avec l’Universidade Federal do Paraná, sous la direction d’Emerson Cervi et au sein du PPGCP (Programa de Pós-Graduação em Ciência Política)

[2] Pour les voir dans leur intégralité, il est possible de se rendre à la plateforme Twitter en suivant ce lien : https://twitter.com/search?q=(from%3ALulaOficial)%20until%3A2018-11-08%20since%3A2018-04-08&src=typed_query&f=live. 

[3] Haddad est un professeur de l’Université de São Paulo (USP) et homme politique membre du Parti des Travailleurs. Il a été ministre de l’Éducation brésilien sous le mandat de Lula et Dilma Rousseff entre 2005 et 2012 puis maire de la plus grande ville brésilienne, São Paulo, de 2012 à 2016

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Annexes

La version originale en  portugais brésilien des publications utilisées en exemple dans le corps du texte est reproduite, dans leur ordre d’apparition, ci-après :

@LulaOficial : Os que me condenaram, Sérgio Moro e os desembargadores do TRF-4, sabem que armaram uma farsa judicial para me prender, pois demonstrei minha inocência no processo e eles não conseguiram apresentar a prova do crime de que me acusam (09/06/2018)

@LulaOficial : Como defender a legitimidade de um processo em que conspiram contra a minha liberdade desde o juiz de primeira instância até a Procuradora-Geral da República ? Sou vítima de uma caçada judicial que já está registrada na história. (15/08/2018)

@LulaOficial : Há um ano, um mês e três dias, Sérgio Moro usou do seu cargo de juiz para cometer um ato político: ele me condenou pela prática de “atos indeterminados” para tentar me tirar da eleição. Usou de uma “fake News” produzida pelo jornal O Globo sobre um apartamento no Guarujá. (15/08/2018) 

@LulaOficial : Minha condenação é uma farsa judicial, uma vingança política, sempre usando medidas de exceção contra mim. Eles não querem prender e interditar apenas o cidadão Luiz Inácio Lula da Silva. Querem prender e interditar o projeto de Brasil que a maioria aprovou em quatro eleições consecutivas. (11/09/2018)

@LulaOficial : Manifestantes se aglomeram na Vigília Lula Livre em Curitiba para exigir a libertação imediata de Lula. #LulaLivreJÁ (08/07/2018)

@LulaOficial : Desde que foi trazido a Curitiba, Lula já recebeu apoio de diversas lideranças e ex-chefes de estado, como o ex-presidente do Uruguai, Pepe Mujica, o ex-presidente da Colômbia, Ernesto Samper, e o ex-presidente do Parlamento Europeu, Martin Schultz. (13/09/2018)

@LulaOficial : O ganhador do Prêmio Nobel da Paz, Kailash Satyarthi, acaba de chegar na sede da Polícia Federal em Curitiba para visitar Lula.  É o segundo Nobel da Paz a visitar o ex-presidente na prisão. #LulaLivreJá (24/10/2018)

@LulaOficial : @Haddad_Fernando, você vai me representar nessa caminhada de volta à presidência da República, para realizar novamente o governo do povo e da esperança. (12/09/2018)

@LulaOficial : Fernando Haddad, candidato de Lula à Presidência, participa do debate da Record. #Vote13 #OVotoNaRecord (01/10/2018)

@LulaOficial : Quem viveu se lembra como foram os anos de prosperidade do governo Lula. @Haddad_Fernando é a oportunidade do povo brasileiro retomar a esperança, a fé e o otimismo. #Vote13 (13/10/2018)

@LulaOficial : Vamos dialogar com aqueles que viram que o Brasil saiu do rumo, estão sem esperança mas sabem que o país precisa resolver o seu destino nas urnas, não em golpes ou no tapetão. Lembrar que com democracia, com nosso trabalho, o Brasil vai voltar a ser feliz. (15/08/2018)

@LulaOficial : “Só tem um jeito para o Brasil, é a gente voltar a acreditar no povo brasileiro. A gente voltar a inserir o povo na economia, com emprego, com financiamento, com crédito. Senão não tem crescimento econômico”. – Lula (29/08/2018)

Auteure

Thais Barbosa de Almeida

Doctorante en cotutelle entre l’Université de Limoges (EHIC), en France, et l’Université Fédérale du Paraná (PPGCP), au Brésil. Sous les directions de Jacques Migozzi et Emerson Cervi, elle mène un travail de thèse intitulé « Lula en prison : une analyse multimédiatique de la polémique publique au Brésil ». Ses recherches portent principalement sur l’analyse de l’interdiscours politique et sociétal du Brésil à travers des investigations sur les corpus multimédiatiques.
thais.barbosa-de-almeida@unilim.fr