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31 Oct, 2018

Résumé

Cet article interroge l’évolution des formes de médiation dans l’espace public dans le cadre des pratiques d’autopublication d’un comité de quartier roubaisien. Journal imprimé, site web, blog font partie de la panoplie des supports de mise à disposition d’informations par le comité de quartier de l’Hommelet, sans passer par les médias ni les pages dédiées aux associations du journal municipal. Il s’agit de voir si l’usage qu’il fait de l’internet constitue un moyen de donner forme à et de faire exister la contestation (Raoul, 2009) en conférant une visibilité potentiellement nouvelle, car élargie, aux tensions existantes dans l’espace local. Comment cette possibilité d’élargissement des publics, auxquels il peut s’adresser, est-elle intégrée dans les pratiques communicationnelles du comité de quartier ?

Mots clés

Comité de quartier, espace public, internet, journal, auto-publication, professionnalisation

In English

Title

From the newspaper to the Blog2Roubaix : the evolution of the way of expression in the public sphere from neighborhood committee

Abstract

This paper questions the evolution of the forms of mediation in the public sphere by analysing self-publication practices implemented by a neighbourhood committee located in the town of Roubaix (France). In order to diffuse citizen information, the Hommelet committee uses a wide array of communication tools including a website, a blog and a print newspaper that allow it to avoid traditional gate-keepers such as local media. Our principal goal is to understand the role played by the use of the internet in shaping protest practices (Raoul, 2009) and providing a new and wider visibility to the tensions which run throughout the local sphere. How is the possibility to reach new audiences integrated into the committee’s communication practices?

Keywords

Neighborhood committee, public sphere, internet, newspaper, self-publication, professionalization

En Español

Título

Del periódico al Blog2Roubaix: la evolución de la forma de expresión en la esfera pública desde el comité de barrio

Resumen

Este artículo examina la evolución de las formas de mediación en el espacio público como parte de las prácticas de auto publicación de un comité vecinal de Roubaix. Los periódicos impresos, el sitio web, el blog son parte de la gama de medios para el suministro de información por parte del comité del distrito de Hommelet, sin pasar por los medios o páginas dedicadas a las asociaciones del periódico municipal. Se trata de ver si el uso que hace de Internet constituye una forma de dar forma y hacer que exista la contestación (Raoul, 2009) al conferir una visibilidad potencialmente nueva, porque se amplió, con las tensiones existentes en El espacio local. ¿Cómo es esta posibilidad de ampliar las audiencias, a las que puede recurrir, integrarse en las prácticas de comunicación del comité de vecindario?

Palabras clave

Comité de vecindad, espacio público, internet, periódico, autopublicación, profesionalización

Pour citer cet article, utiliser la référence suivante :

Blanchard Gersende, «Du journal de l’Hommelet au Blog2Roubaix : les mutations de la contribution communicationnelle d’un comité de quartier à l’espace public», Les Enjeux de l’Information et de la Communication, n°19/3A, , p.123 à 134, consulté le , [en ligne] URL : https://lesenjeux.univ-grenoble-alpes.fr/https://lesenjeux.univ-grenoble-alpes.fr/2018/supplement-a/09-du-journal-de-lhommelet-au-blog2roubaix-les-mutations-de-la-contribution-communicationnelle-dun-comite-de-quartier-a-lespace-public/

Introduction

Cet article propose d’interroger l’évolution des formes de médiation dans l’espace public, dans le cadre de pratiques d’autopublication d’un comité de quartier de la ville de Roubaix : le comité de quartier de l’Hommelet. Journal imprimé, site web, blog font partie de la panoplie des supports d’informations mise à disposition par ce comité de quartier, sans passer par les médias d’information traditionnels (les médias dominants) ni les pages dédiées aux associations du journal municipal. Nous proposons d’analyser la manière dont cet acteur historique de la militance locale se saisit du web, qui permet une communication élargie au-delà des seuls habitants du quartier, en comparaison de celle traditionnellement permise par le journal papier qu’il éditait et diffusait antérieurement, de manière irrégulière, dans les boîtes aux lettres du quartier. Comment cette possibilité d’élargissement des publics, auxquels il peut s’adresser, est-elle intégrée dans les pratiques communicationnelles et militantes du comité de quartier de l’Hommelet ? Que nous montrent ces pratiques communicationnelles des relations (interactions et tensions) qu’entretient le comité de quartier avec les professionnels de l’information et le pouvoir municipal ? En quoi l’accès à une visibilité plus large des informations produites par le comité de quartier de l’Hommelet participe de la modification des pratiques et des formes de sa contribution communicationnelle à l’espace public ? Ainsi faisons-nous l’hypothèse que l’usage que le comité de quartier fait de l’internet participe de l’évolution des modalités de sa participation et de son expression dans l’espace public, évolution qui serait accompagnée et favorisée par une modification du profil et des pratiques de ceux qui sont en charge de l’animation des outils de communication du comité de quartier. Ce travail, à la suite d’autres travaux, invite à interroger la relation entre supports de communication électronique et espace public local (Le Cam, 2003) et à analyser en quoi ces supports, produits par des acteurs qui ne sont pas des professionnels des médias, participent de sa dynamique (Raoul, 2008) en prenant part au process général d’informationnalisation (Miège, 2007).

Le « nouveau terrain » que représente internet est particulièrement bien investi par le comité de quartier de l’Hommelet qui y multiplie les formes de sa présence : site web, blog, page Facebook, compte Twitter, web-tv accessible aux abonnés de la Freebox. Nous nous intéressons plus particulièrement ici à l’usage qu’il fait de son blog, LeBlog2Roubaix (https://leblog2roubaix.com), créé en septembre 2006. Notre analyse se fonde sur la confrontation de trois types de matériaux : un corpus de 239 billets publiés sur ce blog sur une période de quatre mois pendant les trois années consécutives à sa création (soit de septembre à décembre pour les années 2006, 2007 et 2008) ; un corpus de 120 articles issus de cinq des onze numéros du journal papier, Hommelet Informations, qui lui préexistait de 1994 à 2004 ; et des discours recueillis au moyen de deux entretiens semi-directifs réalisés auprès des personnes en charge de la gestion du blog au moment de l’enquête. L’un effectué le 21 avril 2011 auprès de la personne à l’origine de la création du Blog2Roubaix, l’autre effectué le 2 mai 2011 auprès d’une personne employée à mi-temps par le comité de quartier de l’Hommelet pour participer à l’animation du blog. Signalons dès à présent que les verbatim des entretiens convoqués dans cet article seront signalés par E1 et E2.

L’analyse du matériau discursif, réuni à partir des billets du blog et des articles du journal, a consisté au repérage des thèmes abordés, des acteurs et des lieux mis en visibilité respectivement dans les discours tenus sur le blog et au sein d’Hommelet Informations à partir d’un travail à la fois quantitatif et qualitatif. Le fait de travailler par analyse comparative des modalités d’appropriation et de mise en discours, par un même acteur, de deux types de supports de communication qui se sont succédés, l’un sous format papier (de 1994 à 2004) et l’autre sous format électronique (depuis 2006), nous permet d’étudier les mutations de la contribution communicationnelle de ce type d’acteurs à l’espace public.

Figure 1 : Répartition du corpus de billets issus du blog et du corpus d’articles issus du journal papier du comité de quartier de l’Hommelet

Période du corpus Septembre à décembre 2006 Septembre à décembre 2007 Septembre à décembre 2008 TOTAL
Nombre de billets 58 97 84 239

 

Exemplaire du journal

N°3

Mai 1995

N°8

Août 1996

N°9

Avril 1997

N°10

Mai 2003

N°11

Janvier 2004

TOTAL

Nombre d’articles

8

41

29

17

14

109

De l’arrivée du comité de quartier sur la Toile au Blog2Roubaix : retour sur la genèse d’un investissement sur le web

Un investissement marqué par une individualisation des pratiques militantes et communicationnelles

L’arrivée sur le web du comité de quartier de l’Hommelet date de 1996, avec la mise en ligne de son premier site web. Elle est bien antérieure au Blog2Roubaix. Au regard de l’histoire de l’internet militant en France (Granjon, 2001 ; Cardon et Granjon, 2010), le comité de quartier de l’Hommelet, avec cette première initiative, peut être considéré comme un précurseur. Cet investissement précoce du web par le comité de quartier de l’Hommelet est étroitement lié à la volonté et aux compétences d’une personne en particulier : le permanent-habitant. Cet habitant de l’Hommelet, né à Roubaix, a rejoint le comité de quartier en 1994, d’abord en tant que bénévole, puis comme permanent-habitant à mi-temps à partir de 1995. En effet, depuis 1989, avec la reconnaissance des comités de quartier comme « interlocuteur privilégié de la municipalité » (Neveu, 1999, p. 350), la mairie de Roubaix a mis en œuvre des moyens budgétaires qui ont permis aux comités de quartier de disposer d’un local et d’un poste de permanent-habitant à mi-temps(1). Cet emploi de permanent-habitant, occupé par l’un des membres du comité de quartier, peut ici s’apparenter à une forme de rétribution matérielle du militantisme (Gaxie, 1977). C’est donc ce permanent-habitant, diplômé en communication et passionné d’internet, qui a joué le rôle de sensibilisateur à l’intérêt d’une présence sur le web pour le comité de quartier. Après avoir découvert internet dans le cadre d’un stage de fin d’études et s’être essayé à la création d’un site web pour un groupe musical, il a pris l’initiative de mettre à profit son intérêt et ses compétences personnelles en informatique pour créer le site web du comité de quartier de l’Hommelet. Les débuts du comité de quartier sur le web ont donc été marqués par un certain sens de la débrouillardise de la part de celui qui en est à l’origine et se révèlent dépendants de ses capacités à s’auto-former :

 « J’utilisais un logiciel qui n’existe plus, qui s’appelle Claris Home Page, qui est du html wysiwyg, enfin basique de chez basique et effectivement, ce qui fait que je l’ai conçu page par page. Mais c’était pas si dur. Parce que les débuts d’internet, fallait chercher, donc ça m’a appris à regarder » (E1).

L’investissement du web par le comité de quartier de l’Hommelet s’inscrit dans la tendance remarquée à l’individualisation des pratiques militantes dont on peut observer ici un certain accomplissement avec le recours aux technologies de l’information et de la communication (Tic), et plus précisément dans l’initiative prise de manière isolée par le permanent-habitant de créer un site web pour le comité de quartier, puis le Blog2Roubaix, si bien que, comme il le souligne lui-même, « au début, [il] considérai[t] le blog un peu comme le [s]ien » (E1). Sur le blog, ceci se manifeste par un certain nombre de discours tenus à la première personne et qui sont, par exemple, l’occasion pour ce permanent-habitant de faire part de son ressenti personnel par rapport à la manière dont il a vécu la journée où le comité de quartier de l’Hommelet a dû quitter le local dans lequel se trouvait son siège (Billet du 4/10/2006, « expulsion (1) ») ou de faire part de ses commentaires sur les déclarations d’un élu local (Billet du 11/12/2008, « Revue de presse spécial Comités de quartier »). Ainsi le Blog2Roubaix est marqué par une certaine individualisation des prises de positions dans le débat public (Cardon et Delaunay-Tétrel, 2006, p. 62) conférant « une tonalité subjective, et parfois même affective, aux dires publicisés » (Granjon, 2016, p.86) que nous n’avons pas observée dans les articles des numéros du journal du comité de quartier étudiés.

Les enjeux de la création du Blog2Roubaix

Avec le site web, comme le résume le permanent-habitant, « l’idée c’était d’exister sur internet » (E1). Mais cette existence prend une valeur particulière dans le cadre de la création du Blog2Roubaix. En effet, assurer une présence en ligne par l’intermédiaire du Blog2Roubaix est envisagé comme une nécessité face à l’expulsion du comité de quartier de l’Hommelet de son local, et comme un moyen d’assurer la poursuite de la contestation et de faire « parler de nous [du comité de quartier de l’Hommelet] sur internet » (E1). Pour le comité de quartier, internet représente un autre lieu (un terrain virtuel) où continuer à matérialiser son existence, faire entendre sa voix et sensibiliser (mobiliser) les internautes à sa cause.

« Alors qu’on annonce notre expulsion après douze ans de bons et loyaux loyers (…) je viens d’apprendre que c’est lors de la Journée Mondiale de l’Habitat que notre association d’habitants se retrouve à la rue, à cause d’un propriétaire lui-même organisme financé par l’argent public pour faire de “l’insertion par le logement”. Le rassemblement symbolique est fixé à 17h devant le 222 avenue des Nations Unies à Roubaix » (Billet du 29/09/2006, « Expulsés lors de la journée mondiale de l’habitat »)(2).

Le blog se fait ainsi le relais de la contestation du comité de quartier de l’Hommelet contre son expulsion. La vidéo réalisée par le permanent-habitant y est l’occasion de montrer la mobilisation et le soutien des habitants mais aussi des élus présents aux côtés du comité lors de ce rassemblement (Billet du 6/10/2006, « expulsion, le film »). Pour le comité de quartier, le blog peut se faire support de contestations et d’interpellations, y compris à l’égard de la municipalité, lorsque cela concerne l’obtention de ses subventions ou les conditions d’occupation de son nouveau local(3), mais aussi et plus largement lorsqu’il s’agit, par l’intermédiaire de la reprise d’articles de presse commentés, de défendre l’existence et le rôle des comités de quartier à Roubaix face au projet de réforme de la démocratie participative du conseil municipal. La pratique de reprise de discours originellement produits et diffusés par les médias traditionnels dominants (professionnels et commerciaux) sur les supports permettant l’autopublication a déjà bien été repérée [cf. notamment Rebillard, 2006, 2007]. Cependant, il est intéressant de souligner qu’à plusieurs reprises le comité de quartier de l’Hommelet a recours à cette pratique pour relayer ses prises de positions et son mécontentement, non pas de manière directe, mais par l’intermédiaire de déclarations qu’il a pu tenir dans la presse et donc par l’intermédiaire des médiateurs traditionnels que sont les journalistes professionnels (cf. par exemple le billet du 2/12/2008, « Nord-Eclair : « Le comité de quartier mécontent » » ou le billet du 17/12/2008, « [VDN(4)] « Touche pas à ma démocratie citoyenne… » »). Ceci tend à montrer que l’autonomisation de la publication (Rebillard, 2007) que permet l’usage du Blog2Roubaix n’est pas synonyme, pour le comité de quartier de l’Hommelet, d’une remise en cause des professionnels de l’information et de leur rôle dans l’animation du débat public local. La mise en œuvre d’un dispositif alternatif de production d’information tel que le Blog2Roubaix ne relève pas prioritairement d’une action collective motivée par la critique des médias (Granjon, 2016).

La reprise des articles de presse concernant le comité de quartier de l’Hommelet est certes envisagée comme une « manière d’alimenter le débat » (E1), mais nous pouvons nous demander si elle ne constitue pas parfois une manière de le faire tout en se protégeant derrière le discours produit par d’autres, en l’occurrence celui des journalistes professionnels. D’ailleurs, comme le soulignait l’un des interviewés, il ne s’agit pas pour le blog de « devenir le blog contre la mairie » (E1). N’oublions pas que ce sont les subventions accordées par la municipalité qui permettent aux comités de quartier de pouvoir, entre autres, assurer la production de ce support de communication.

Le blog2Roubaix et le journal : des outils au service des habitants et a fortiori de la légitimation du rôle du comité de quartier de l’Hommelet

Nous nous intéressons donc à un type d’acteur, des associations initiées par les habitants, dont l’une des fonctions est de construire et porter une parole publique collective, concernant les problèmes et les projets du quartier, à l’intention de la cible habitante et au-delà de la municipalité. Les comités de quartier constituent des instances de médiation entre les habitants du quartier et le pouvoir local en place, et qui, comme le souligne François Rangeon, « se situent à mi-chemin entre un rôle d’instance consultative représentative des intérêts de la population et un rôle de groupe de pression relayant la mobilisation de certaines catégories d’habitants » (Rangeon, 1999, p. 337). Le journal Hommelet Informations constituait l’un des moyens d’assurer cette fonction si l’on considère, comme cela était stipulé dans l’éditorial du numéro 10, que son rôle était de « parler du quartier, certes, mais aussi faire remonter les paroles d’habitants, car cette feuille de choux [était] aussi envoyée aux élus de la Ville de Roubaix » (« Edito », Hommelet Info, n°10, mai 2003, p.1). Qu’en est-il du Blog2Roubaix ?

Tout d’abord, l’usage de l’internet est envisagé comme « un moyen moderne d’encourager la citoyenneté » (« L’Hommelet est sur le web », Hommelet Info, n°9, avril 1997, p.13). L’une des fonctions du blog, selon ses animateurs, est de « mettre en avant ce que font les habitants » (E2), de « montrer les initiatives des habitants » (E1). Comme cela était le cas antérieurement dans le journal du quartier, sont relayées sur le blog les différentes actions du comité de quartier de l’Hommelet ou d’autres associations auxquelles participent les habitants du quartier. Il est, en cela, conçu comme « un outil de communication pour le comité de quartier » (E2) :

« Prenez le temps de découvrir ce moment de vie roubaisienne : au cœur du quartier de l’Hommelet, le Comité de Quartier a mis en place depuis quelques années un jardin en cœur d’ilot, à la place d’une ancienne courée. Il est animé par des habitants du quartier (…) » (Billet du 19/09/2006, « Un moment vert »).

Mais comme le souligne le permanent-habitant, le blog se veut également un outil pour « porter des revendications citoyennes qu’on vit ou dont on est témoin » (E1). Comme le journal avant lui, le blog du comité de quartier constitue un « lieu » où peuvent être affichées les revendications vis-à-vis de tel ou tel problème ou prise de position des responsables politiques locaux, que ce soit à l’initiative des habitants ou des animateurs du blog. Le blog peut faire office de réceptacle public des revendications du comité de quartier ou des habitants à l’égard et à l’encontre de la municipalité de Roubaix ou de l’un ou l’autre de ses élus. Un réceptacle des contestations, des doléances ou des interpellations adressées aux responsables locaux et qui prend place en dehors des espaces de mise en visibilité et de communication de la municipalité, comme le laisse entendre la narration de cette expérience avec un premier adjoint :

« [nom du premier adjoint de l’époque] par exemple, c’est le premier adjoint qui va devenir maire, on l’a allumé dans la presse mais enfin on l’a allumé sur notre blog (…) Et donc il m’a appelé « bon alors [prénom de l’enquêté] bon j’ai vu ton papier je voudrais répondre ». Ben je dis ouais, pas de problème, enfin c’est normal, c’est le droit de réponse. Donc on a fait une interview, on a, ben voilà, je lui ai redit ce que j’avais dit et il a répondu donc euh. Donc voilà, c’est intéressant parce que du coup euh il ne le fait pas forcément sur la web tv de Roubaix, donc voilà, c’est intéressant du coup. Parce que du coup, ça devient un lieu où euh ben on interpelle un politique et il vient répondre » (E1).

Il apparaît que l’usage qui est fait de son blog par le comité de quartier de l’Hommelet participe de sa volonté de légitimer et (ré)affirmer son rôle d’intermédiaire de la participation. Le blog, comme antérieurement le journal du comité, est ainsi présenté comme un outil mis au service des habitants qui sont invités à prendre la parole :

« Ce journal est donc le vôtre. N’hésitez donc pas à nous contacter pour proposer des sujets et des infos, pour réagir ou nous suggérer des idées » (éditorial du numéro 10, Hommelet Informations, 2003).

« Ce blog est le vôtre (…) si vous voulez proposer des sujets (…) voilà on vient, on vous filme et vous pouvez nous raconter ce que vous voulez, des moments de vie comme ça » (Billet du 14 septembre 2006, « Bienvenue à Roubaix »).

Ceci participe, dans le même temps, de la volonté du comité de quartier de l’Hommelet de légitimer son rôle de médiateur et sa capacité à représenter la parole des habitants, en leur offrant la possibilité d’accéder à une forme de visibilité publique par l’intermédiaire de son blog. Car, comme le rappelle Bruno Raoul, l’aptitude des comités de quartier à parler au nom des habitants dépend de leur capacité à construire une figure de ceux-ci, dans la mesure où

« le comité de quartier n’a de représentativité que celle qu’il parvient par lui-même, par ses statuts, par ses assemblées générales, par ses propres actions, à argumenter et à légitimer (…) il ne dispose pas d’une caution institutionnelle fondatrice comparable à celle que confère une élection au suffrage universel » (Raoul, 2009, p. 123).

Cependant, force est de constater que sur le blog comme dans le journal, la mise en visibilité des habitants intervient davantage à partir de la mise en visibilité de scènes de vie, de discussions filmées relevant du registre de la conversation ordinaire qui devient ici publique et qui n’apparaissent pas toujours reliées à une volonté de mise en débat public. Ceci laisse à penser, comme a déjà pu le remarquer Bruno Raoul à propos des journaux de quartier, que « chaque parole retranscrite ou rapportée semble avoir sa légitimité publique en soi, du seul fait qu’elle émane d’un habitant ou d’une habitante (ou prétendus comme tels) » (Raoul, 2009, p. 129). La catégorie habitant, notamment traduite à travers l’étiquetage « paroles habitant » des billets sur le blog, apparaît comme catégorie de justification et de légitimation (Neveu, 1999, p. 363).

Les manifestations d’un élargissement du champ d’intervention dans l’espace public : un élargissement à l’échelle de la ville de Roubaix et au-delà

Au-delà du nom choisi pour le blog et son adresse url, dès le premier billet posté, on peut constater que le blog est envisagé comme une opportunité, d’une part d’élargir le champ d’intervention des sujets au-delà du périmètre du quartier de l’Hommelet en montrant « un peu ce qu’est la vie roubaisienne », et d’autre part de s’adresser à un public élargi, non limité aux seuls habitants du quartier, ni même à ceux de la ville de Roubaix, mais à tous les internautes.

« J’ai l’honneur de réaliser ma première vidéo de ce nouveau site web qui va s’adresser en fait à tous les Roubaisiens et pas seulement. Et donc l’objectif en fait c’est de montrer un peu ce qu’est la vie roubaisienne » (Billet du 14/09/2006, « Bienvenue à Roubaix »).

A la différence de ce qui a pu être observé à partir du corpus d’articles issus du journal Hommelet Informations, les sujets abordés et les acteurs mis en visibilité ou à qui la parole est donnée sur le Blog2Roubaix ne se cantonnent pas à ceux du quartier de l’Hommelet. Si le maire de Roubaix ou des artistes lyonnais, par exemple, sont évoqués dans Hommelet Informations, ceci intervient toujours dans le cadre de leur venue dans le quartier de l’Hommelet, ce qui semble légitimer le fait que le journal en parle. Le blog, quant à lui, témoigne d’une véritable ouverture sur le hors quartier, et même au-delà en dehors de la ville de Roubaix, à partir des acteurs, actions et lieux qui y sont mis en visibilité (Blanchard in Noyer et al., 2013). Car avec le blog, comme le souligne son créateur, « l’idée [dès le départ] c’était de dire ben on ne s’interdit pas d’aller interviewer, enfin de faire des sujets qui ne concernent pas que l’Hommelet » (E1).

« Un petit bar de quartier, quasiment caché, qui est resté intact de génération en génération. Petit inventaire des objets d’époque — et utilisés à l’époque — par Fred Giraud, le gérant du Bar à Machine, mémoire vivante du quartier qui qualifie, de manière très jolie, les urbanistes de “voleurs de soleil !” Et c’est toujours à Nice, dans le quartier St Roch. Avec en prime quelques mots en patois niçois » (Billet du 20/09/2007, « Fred Giraud, Le Bar à Machine »).

Cette extension du territoire couvert intervient dans le cadre de déplacements des membres du comité de quartier pour des manifestations organisées par les réseaux associatifs régionaux, nationaux et internationaux auxquels participe le comité. Mais les invitations du permanent-habitant à l’origine de la création du Blog2Roubaix à venir parler de l’expérience du blogging sont elles-mêmes devenues des occasions de traiter de sujets en dehors du quartier et de Roubaix, et d’interviewer, pour le blog, des personnes présentes sur les lieux de ces manifestations. Ceci tend à confirmer l’hypothèse de la possibilité d’un élargissement du champ thématique et du périmètre d’intervention du comité de quartier dans l’espace public du fait de l’existence et de l’usage du Blog2Roubaix, dans la mesure où la présence du comité de quartier à ces manifestations est liée au blog et vise à « parler du blog ». Ainsi sur les 239 billets que comporte le corpus, 30 sont liés à ce type de déplacements, sachant que ce genre de billets est absent du corpus réuni sur les quatre premiers mois d’existence du blog. 

Les enjeux de l’élargissement de l’accès à la visibilité et son paradoxe

En comparaison de son journal, dont l’aire de diffusion était liée à celui de son aire de distribution (celle du quartier de l’Hommelet), le Blog2Roubaix offre donc au comité de quartier la possibilité de s’adresser de manière régulière à un public élargi, « sur un support qui peut toucher aussi bien les proches voisins que des personnes à l’autre bout du monde », comme cela était d’ailleurs souligné dans les pages d’Hommelet Informations (« L’Hommelet est sur le web », Hommelet Informations, n°9, 1997, p.13). Il apparaît dès lors possible d’identifier en cela une évolution de la communication du comité de quartier de l’Hommelet en raison de l’évolution du rapport aux publics qui la caractérise. Derrière l’enjeu de l’élargissement potentiel des destinataires se trouve celui de l’élargissement de la visibilité du comité de quartier de l’Hommelet. Catherine Neveu a pu mettre en évidence la faible visibilité, tant physique que politique, dont jouissent les comités de quartier roubaisiens auprès des habitants (Neveu, 1999, p. 351-352) et la faible reconnaissance dont ils jouissent auprès de l’autorité municipale (Neveu, 2003, p. 116). Or, il apparaît que pour le comité de quartier de l’Hommelet, le Blog2Roubaix constitue un moyen d’améliorer sa visibilité – pas forcément directement auprès des habitants, car comme en avait conscience le permanent-habitant « faire un site web, on savait que c’était pas forcément lu par les habitants » (E1) -, mais par l’intermédiaire de l’élargissement de l’accès à la visibilité que permet l’usage d’internet (Cardon, 2010) :

« Je pense que si on avait continué à faire Hommelet Infos dans le quartier, on n’aurait pas touché les associations roubaisiennes, on n’aurait pas touché les associations en dehors de Roubaix, les réseaux en dehors de Roubaix. (…) on ne serait pas invités au FORIC [Forum International de l’Information Citoyenne] à Nice (…). Voilà, ça nous donne une visibilité plus large » (E2).

Le comité de quartier, grâce au blog, semble être devenu un interlocuteur pour les associations roubaisiennes qui le sollicitent pour relayer leurs actions, la cause qu’elles défendent ou les manifestations qu’elles organisent (Cf. billet du 21/10/2008, « Un nouveau local pour l’épicerie solidaire »). Ceci donne le sentiment aux animateurs du blog que le comité de quartier, grâce au blog, est reconnu non seulement par les associations roubaisiennes mais aussi par la municipalité comme un acteur de la production d’information locale, en ce qu’il est invité « par la Ville aux événements comme peut l’être la presse locale » (E2).

La « visibilité plus large » que permet le Blog2Roubaix au comité de quartier de l’Hommelet est aussi elle-même mise en visibilité sur le blog : que ce soit par l’intermédiaire de l’annonce des manifestations auxquelles le comité de quartier est convié pour parler du blog, de sa nomination pour le « concours international de blogs de la Deutsche Welle » (Billet du 24/10/2007, « LeBlog2Roubaix nominé par les Best Of The Blogs ! »), de la reproduction des articles ou reportages originellement produits et diffusés par les médias de presse ou audiovisuels évoquant le blog ou enfin, comme cela était le cas au moment de l’enquête, par l’intermédiaire de l’affichage en temps réel de la diversité géographique de la provenance des visiteurs du blog(5).

« On sait d’où viennent les gens, et ça c’est rigolo, parce qu’ils viennent de partout dans le monde (…), et ça les élus savent, enfin je sais que, j’ai discuté par exemple avec Madame [nom de la personne] qui est maintenant élue régionale, vice-présidente régionale, qui depuis le début, regardait le blog et m’a dit, « ouais, en plus votre blog il est regardé de partout », et euh pour des élus locaux (rire) (…) ils savent que ben il y a des gens qui nous regardent » (E1).

Le Blog2Roubaix constitue donc, pour le comité de quartier de l’Hommelet, un moyen de montrer (notamment aux élus dont il est dit qu’ils consultent le blog) la visibilité dont il jouit en dehors du quartier et même de la ville. Il est, en cela, envisagé comme « un outil de pression » (E1), qui permettrait de lui donner « un poids » :

« Je crois que ça nous donne du poids aussi euh c’est-à-dire que c’est un blog qui est éventuellement lu partout en France et donc il y a une image de la ville qui peut éventuellement se retransmettre via notre blog » (E1).

Mais l’élargissement de l’accès à la visibilité peut se révéler paradoxal. En effet, il semblerait que celle-ci puisse être à l’origine d’une certaine retenue, d’une certaine « pudeur » à « montrer tout le côté sale de Roubaix » (E1) et donc à se faire l’écho des problèmes liés à la malpropreté, par exemple. Sur le blog, seuls deux billets du corpus se faisaient l’écho des revendications d’un habitant de l’Hommelet en faveur de l’installation de poubelles pour lutter contre la malpropreté du quartier, quand dans Hommelet Informations, quatre des articles issus du corpus traitaient du problème de la malpropreté du quartier tandis que les photos les accompagnant reflétaient une image dégradée de certaines de ses rues. (« Les maisons vides ou murées du quartier ! », Hommelet Informations, n°8, été 1996, p.13 ; « Propreté : ce n’est pas gagné ! » et « Une si tranquille rue… », Hommelet Informations, n°10, mai 2003, p.1 et p.2, « La casse qui s’est cassée ! », Hommelet Informations, n°11, janvier 2004, p.3).

Avec et sur le blog, il s’agirait de ne pas ternir l’image de Roubaix, comme le laissent entendre les propos du permanent-habitant : « j’ai envie de dire Roubaix ça bénéficie tellement d’une mauvaise image pour l’instant que ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter » (E1). Dès lors, nous pouvons nous demander si la volonté de « rester positif, [de] montrer ce qui se passe de bien, le côté militance de Roubaix » (E1), au-delà des frontières communales, ne se fait pas au détriment de l’un des rôles du comité de quartier de l’Hommelet et de son support de communication, qui consiste à rendre visible, auprès du pouvoir local, les problèmes auxquels sont confrontés les habitants. Avec le Blog2Roubaix et la visibilité élargie dont il jouit en dehors de la ville, le comité de quartier de l’Hommelet se trouverait pris entre un engagement voué à mettre en relief « les dysfonctionnements du territoire et le souci d’en restituer une image plus positive » vers l’extérieur, comme peuvent l’être les journalistes en charge de la couverture médiatique de Roubaix pour les titres de la presse quotidienne régionale (Kaciaf et Talpin, 2016, 115). La visibilité élargie octroyée au comité de quartier par l’intermédiaire de son blog le conduirait à s’éloigner de son rôle originel et à autocensurer (Dupuy-Salle, 2014) les discours qui y sont publicisés. Avec et sur son blog, le comité de quartier de l’Hommelet intervient et se positionne en médiateur des informations au-delà de son territoire de référence, le quartier. Il se retrouverait alors, sous certains aspects, en concurrence avec les acteurs, dont la municipalité roubaisienne, qui traditionnellement communiquent sur ces territoires et à qui revient habituellement le rôle de promouvoir la ville, notamment en dehors des frontières communales. Ceci soulève la question des conséquences de la conversion des acteurs de la militance locale aux relations publiques généralisées (Miège, 2007) dont on constate qu’elle peut se traduire par le souci d’une certaine édulcoration de la dimension critique des discours produits et de l’auto-assignation d’une posture d’obligeance (Dupuy-Salle, 2014, p.66). La compatibilité de la militance et du pouvoir critique du comité de quartier dans le contexte de l’utilisation qu’il fait de son blog pose question.

La professionnalisation : accompagnement et conséquence de l’élargissement de l’accès à la visibilité

Les différentes initiatives mises en œuvre par le comité de quartier de l’Hommelet pour déployer sa présence et sa mise en visibilité sur le web, et au-delà, sont accompagnées par une évolution vers des pratiques considérées comme plus professionnelles, en référence aux standards et aux pratiques des journalistes professionnels. Ceci se traduit entre autres par la mise en place hebdomadaire d’« une réunion, un comité de rédaction où on voit les reportages à faire pour la semaine, les sujets à traiter » (E2) ou encore par un raccourcissement des formats et le recours au montage vidéo. En effet, les productions vidéo qui pouvaient régulièrement durer jusqu’à deux heures ont peu à peu été supplantées par des formats de type reportages de moins d’une dizaine de minutes. Comme l’explique l’un des interviewés,

« On essaie de rendre ça plus dynamique, sur un ton plus journalistique, peut-être pour qu’il y ait plus de vues, pour que ce soit plus agréable (…) C’est pas, sur les sujets, sur les sujets, [le créateur du blog] traitait les mêmes sujets avant sauf que voilà il n’y avait pas de montage derrière, il n’y avait pas de, de rédaction derrière » (E2).

La contribution communicationnelle du comité de quartier de l’Hommelet dans l’espace public se révèle largement prise en charge non plus seulement par des militants-bénévoles habitant le quartier, mais par des personnes recrutées pour les compétences en matière d’usages des Tic et surtout d’écriture journalistique dont elles disposent. Ce dont témoigne par exemple le profil de l’une des animatrices du Blog2Roubaix qui est initialement intervenue pour le blog en tant que bénévole, puis en tant que stagiaire dans le cadre de ses études en « journalisme et documentation »,avant d’être employée à mi-temps par le comité de quartier pour participer à l’animation du blog alors qu’elle n’habite pas le quartier de l’Hommelet. D’autres personnes, du fait de leurs compétences en montage vidéo ou production d’écrits journalistiques, ont également pu être recrutées de manière plus temporaire ou accueillies en stage pour participer à « une prestation à faire sur la vidéo » (E1) ou réaliser des reportages vidéo pour le Blog2Roubaix. Les compétences en journalisme semblent avoir pris le dessus par rapport au statut d’habitant-militant du quartier. Le recrutement de personnes qui ont suivi une formation en journalisme manifeste une volonté de professionnalisation comme le laissent deviner les propos du créateur du blog : « c’est des vraies journalistes, comparées à moi qui suis pas journaliste » (E1). Son discours témoigne d’une « extension du professionnalisme journalistique qui tend à devenir symboliquement la référence majeure » (Spano, 2004, p. 102).

Ainsi, une partie des personnes qui prennent en charge la communication du comité de quartier de l’Hommelet seraient d’abord des professionnels, en herbe ou en devenir, du journalisme, et non plus seulement des habitants-militants mettant leurs compétences au service du comité de quartier et de la cause habitante. Parmi les personnes recrutées, l’une a été correspondante pour un journal de presse quotidienne régionale tandis qu’une autre a travaillé pour la télévision locale de la métropole lilloise. Ceci témoigne d’une évolution des profils glissant vers un principe de rétribution qui tendrait à être dominé par des enjeux plus journalistiques, ou pour le moins professionnels, que militants (Ferron, 2016, p. 24). A l’instar de ce que Benjamin Ferron (2016) a pu observer ailleurs, pour ces personnes, le Blog2Roubaix semble constituer « un espace de compensation vis-à-vis du champ journalistique officiel (ou reconnu) » qui permet à des aspirants journalistes de trouver une place que ne leur offre pas le marché du travail (Ferron, 2016, p. 25). Les travaux de William Spano (2004) et Yannick Estienne (2007) ont déjà mis en évidence la possibilité de repli que constituent les magazines de marque et les webzines qui renvoient à des univers d’insertion professionnelle pour des journalistes et apprentis journalistes en mal de supports d’information marchands, ou en situation précaire, et qui voient dans les médias de sources une manière de compléter leurs revenus ou d’acquérir une expérience à valoriser professionnellement. Ainsi, la professionnalisation des pratiques des animateurs du blog du comité de quartier de l’Hommelet, qui devient de moins en moins un outil amateur de la militance locale mais plutôt un outil d’information diffusé dans un espace public élargi, participe du phénomène de dilution du journalisme (Ruellan, 2005).

Conclusion

L’analyse comparative menée sur les corpus issus du blog et du journal du comité de quartier de L’Hommelet permet de montrer que le discours du blog témoigne d’une extension du territoire couvert et des sujets abordés par le comité de quartier. Par l’intermédiaire de son blog, il intervient et se positionne en médiateur des informations relatives à un territoire géographique dont les contours sont plus vastes que ceux du quartier de l’Hommelet. Dès lors, sous certains aspects, le comité de quartier de l’Hommelet apparaît comme en concurrence avec les acteurs qui traditionnellement communiquent sur ces territoires. Ce nouveau positionnement du comité de quartier le place face à un dilemme : sa mission de relais des revendications des problèmes du quartier et de ses habitants, semble se révéler difficilement compatible avec le souci qu’il a de l’image qu’il peut donner de l’Hommelet et au-delà de la ville de Roubaix. L’évolution des pratiques du comité de quartier de l’Hommelet vers une communication soucieuse d’être plutôt positive, plus consensuelle, plus lisse concernant les problèmes auxquels sont confrontés les habitants de Roubaix révélerait une communication plus éloignée d’une politique de communication d’animation du débat public et d’inscription des problèmes publics à l’agenda politique. En définitive, nous sommes ici face à un phénomène déjà bien connu et repéré depuis longtemps : celui de la généralisation des relations publiques (Miège, 2007).

Notes

(1) Les comités de quartier roubaisiens datent de 1977. Ce sont des associations indépendantes de la mairie et elles ne doivent pas être confondues avec les conseils de quartier que la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité (dite loi Vaillant) a rendu obligatoire dans les villes supérieures à 80 000 habitants et dont le conseil municipal fixe la dénomination, la composition ainsi que les modalités de fonctionnement. Pour un retour sur la naissance et l’histoire des luttes et « petites » victoires des comités de quartier roubaisiens dans le développement de la démocratie locale cf. Neveu, 1999.

(2) Les extraits des billets issus du Blog2Roubaix sont reproduits « tels quels », c’est-à-dire avec les éventuelles fautes de frappe, d’orthographe ou omissions qu’ils peuvent comporter.

(3) Cinq des billets du blog ont été l’occasion pour le comité de quartier de l’Hommelet de faire part de son mécontentement et de contester la décision de la Ville d’utiliser le nouveau local du comité pour la tenue d’expositions organisées par une autre association, comme en témoigne l’extrait du billet suivant : « la Mairie de Roubaix invente la compression de citoyens de la démocratie locale ! Prenez un comité de quartier associatif dynamique mais expulsé, promettez-lui un local “inutilisé depuis 3 ans d’une galerie municipale annoncée comme “moribonde”, laissez les habitants le retaper, et ensuite annoncez une série d’expositions subitement financées en lieu et place » (Billet du 13/12/2008, « Compression de citoyens (photos) »).

(4) « VDN » est ici utilisé pour « Voix du Nord », le nom d’un journal de presse quotidienne régionale des Hauts-de-France.

(5) Sur le Blog2Roubaix, deux widgets fournissaient une visualisation en temps réel de la provenance (par ville, région et pays) des internautes qui étaient en train de consulter le blog par l’intermédiaire d’une mappemonde.

Références bibliographiques

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Auteur

Gersende Blanchard

.: Gersende Blanchard est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille et membre du Groupe d’Etudes et de Recherche Interdisciplinaire en Information et Communication (GERIICO). Ses travaux de recherche portent sur l’intégration du numérique par les organisations partisanes et militantes ; la communication politique en ligne (stratégies, pratiques, acteurs) ; les productions et producteurs de l’information médiatique à l’heure du numérique et l’évolution des formes de médiation dans l’espace public.